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Le Parc de la Villette
La Mission pour la célébration de l'an 2000
Gaz de France et la FFRP (Fédération Française de Randonnée Pédestre)
présentent
LE JARDIN PLANETAIRE
exposition - jardin
septembre 1999 - janvier 2000
Dans la Grande Halle transformée en serre, cette exposition de 5000 M2 est à la fois un cabinet de curiosités et un jardin. Cabinet de curiosités contemporain, il croise le plaisir de la découverte et un propos dans une promenade à travers les "choses de la nature".
Vrai jardin, il offre au cheminement du visiteur un espace de rêve, de poésie et de jeu, la traversée d'une métaphore du monde.
Paysagiste atypique, Gilles Clément, maître d'oeuvre de cette exposition entend - avec la complicité érudite de Monique Mosser, historienne des jardins - interroger la relation de l'homme à son territoire. Le "Jardin planétaire" ne propose ni une histoire des jardins, ni un état des ravages de la civilisation sur l'environnement, mais plutôt une manière d'écologie positive.
Cette démarche a rencontré le soutien attentif de plusieurs organismes scientifiques : le Muséum d'histoire naturelle, le CNRS, le Cirad, l'Orstom, les universités de Paris VI et Provence Aix Marseille 1.
"Le jardin Planétaire" fait l'hypothèse d'un accord possible entre l'homme et la nature, qui s'appuie sur des constats qui sont ceux de notre époque : la finitude écologique fait apparaître les limites de la vie et sa fragilité les limites de la biosphère sont assimilables à celles d'un jardin (du germanique Garten qui signifie "enclos") accueillant le "meilleur" et le protégeant le "meilleur", et plus globalement la vie, se trouvent sous la surveillance du jardinier - ici, l'humanité - devenue responsable des êtres vivants de l'enclos
Le terme de Jardin entraîne celui de jardinier. Le concept de "Jardin Planétaire" se distingue alors de "l'hypothèse Gaïa" de Lovelock (selon laquelle la Terre est un seul et unique être vivant), en ce qu'il sous-entend l'intervention de l'homme. Il s'agit d'une position écologiste humaniste.
Le concept de "Jardin Planétaire" implique donc le jardinage, il commande une attitude constructive, constamment tournée vers le futur.
L'objectif principal de l'exposition est de convaincre le visiteur qu'il est possiblement un jardinier planétaire.
On entend par jardinier, toute personne ayant conscience de son environnement et de son action sur lui. Le jardinier planétaire n'est pas forcément celui qui intervient directement sur la gestion du territoire mais celui qui a pleinement conscience de sa participation à cette Influence ou à cette gestion.
Dans la mesure où le citoyen s'identifie au jardinier, il infléchit sa citoyenneté vers une appartenance globale au monde vivant, ce qui le libère d'un territoire géographique déterminé.
Enjeux
Quatre principaux enjeux engagent le projet de l'exposition : Débarasser l'écologie d'un conservatisme réactionnaire, passéiste et nostalgique Enrayer le mécanisme tendant à installer une écologie totalitaire ou mercantile Inviter l'Homme à renouer avec la Nature sur un projet de jardinage et non de contemplation Préparer l'esquisse d'un véritable projet politique et économique engageant les responsables de la gestion sur le principe philosophique suivant "aller le plus possible avec, le moins possible contre".
Cette prise de position, largement empruntée au Jardin en Mouvement - et qui en est le prolongement logique - génère une économie spécifique. Celle-ci suppose que la connaissance du milieu et des interactions des êtres y vivant précèdent n'importe quelle action sur l'environnement, comme n'importe quelle initiative sociale.
La première séquence, construite sur un mode didactique, comprend trois espaces dédiés aux mécanismes du vivant : l'endémisme, le brassage, l'assemblage. Chacun de ces espaces est divisé en deux sous-espaces, l'un réservé à la seule Nature, l'autre à l'Homme, ses pensées et ses actions. Tout au long de cette première séquence on juxtapose une "histoire naturelle de la Nature" à une "histoire culturelle de la Nature".
A l'endémisme des espèces de plantes et d'animaux, créé par l'isolement géographique dû à la dérive des continents, se trouve opposé l'endémisme des mythes de l'humanité, nés d'un même éloignement et de visions cosmiques différentes. Dans cet espace on compare donc la création du monde d'un point de vue scientifique (pour ce qu'on en sait aujourd'hui) à une série de visions du monde et de sa genèse, les cosmogonies humaines.
L'espace réservé au brassage exprime une situation contemporaine : Les êtres vivants, plantes, animaux, humains se mélangent selon un processus accéléré, comme s'ils étaient sur une seule terre émergée et non sur plusieurs continents séparés. Dans cet espace on oppose le brassage constamment effectué sous la surveillance de l'Homme, dans les jardins (dans l'enclos), à celui qui échappe à sa surveillance (hors l'enclos)
L'espace réservé à l'assemblage montre que les êtres ne s'assemblent pas n'importe comment. D'un côté (histoire naturelle), ils cohabitent en raison de leurs affinités biologiques (biotopes et biomes : ensemble de biotopes voisins). De l'autre, ils se plient (plus ou moins harmonieusement) à la gestion humaine ma-is toujours dans leur limite de compatibilité de vie. Dans cet espace, on oppose l'assemblage biologique à l'assemblage politique tel qu'on peut le lire sur une carte politique ou sur un cadastre.
La première séquence ouvre sur une seule figure entremêlant histoire naturelle et histoire culturelle de la nature : le Continent Théorique. Cette image exprime à la fois l'état virtuel de la planète - un ensemble de biomes juxtaposés en une seule image - et la situation biologique actuelle : le monde vivant s'activant dans un cadre résultant du brassage planétaire.
Cette nouvelle "pangée" illustre le principe d'interaction entre toutes les parties du "jardin" et montre la place du jardinier : dedans, de façon associée, et non au-dessus ou au centre, de façon dissociée.
La seconde séquence aborde plus spécifiquement le Jardin planétaire en inventoriant des expériences du jardinage, présentées avec les territoires et les outils qui leur correspondent.
On entend par territoire l'épaisseur du vivant et les strates qui le constituent. Ici sont évoqués les éléments, terre-eau-air, sous-sol et stratosphère.
On entend par outils les moyens de compréhension, de mesure et d'intervention. On pourra donc voir cohabiter un satellite et un sécateur, une charte et un ver de terre, etc...
On entend par expérience toute mesure agissant sur le territoire à l'aide des outils évoqués plus haut, en vue d'établir une relation d'équilibre entre l'homme et son environnement.
A ce titre on montrera des expériences positives, ponctuelles - par exemple celles issues de la bionique (des filets capteurs de nuages dans le désert d'Atacama) - et globales - la gestion écologique entreprise à l'échelle d'une agglomération importante comme Curitiba (ville brésilienne de 2 000 000 d'habitants), où la question planétaire cruciale des déchets semble trouver un début de solution. Etc...
Indissociable du contenu, le jardin architecture l'exposition en même temps qu'il en est l'argument.
Sur un registre végétal, il structure l'espace depuis l'entrée de la halle jusqu'au tympan.
Sur un autre registre végétal, il s'accorde au contenu et parfois le nourrit.
Le premier temps du jardin coïncide avec le début de l'exposition stricto sensu. Il se présente comme trois chambres thématiques reliées par un couloir central et isolées entre elles par des végétaux persistants et des bambous. Chacune d'elles Porte une écriture qui soutient le propos de l'exposition.
Le second temps du jardin fait suite au Continent Théorique. Il se présente comme un Jardin suspendu, île librement plantée, dans l'esprit même du Jardin en Mouvement.
Deux livres permettront au public de prolonger cette visite : un agenda-almanach du jardinier planétaire, sorte de guide de mise en pratique d'une conscience écologique positive ; un carnet de voyage aux pays de l'endémisme, du brassage, de l'assemblage et du jardin planétaire, qui reprendra la traversée proposée par l'exposition.