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L'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE VU DE 2100

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INTRODUCTION

LES TRANSITIONS DU PROCHAIN SIECLE

La transition technologique

La transition écologique

La transition démographique

La transition sociale

La transition de l'intelligence

L'immatériel précède le matériel

LE SCENARIO DU DOUBLE REBONDISSEMENT

UN AUTRE REGARD SUR L'AMENAGEMENT

La survie : "Biosphère" et SDF

Vers l'éclatement des villes

L'urbanisme en 3D

Le déménagement de la capitale

CONCLUSION : LE TRAVAIL D'AMENAGEMENT

 

 

Introduction

L'objet du présent essai est d'introduire la prospective à long terme dans les réflexions d'aménagement du territoire. Le pari peut sembler audacieux, pour deux raisons :

1) S'il est déjà difficile de faire des prévisions pertinentes à vingt ans, comment pouvons-nous oser tirer des plans à cent ans ? Tant d'imprévus peuvent apparaître d'ici là.

2) Les mandats électoraux ont un horizon de seulement quelques années. Plus généralement, personne ne représente les intérêts des enfants à naître. Nous risquons d'être bien seuls à parler de l'avenir lointain.

Quelle que soit la pertinence de ces affirmations, elles ne doivent pas nous inquiéter ni nous empêcher de réfléchir. En effet :

&emdash; A cause de la transformation globale du système technique planétaire, il est aujourd'hui paradoxalement plus facile de cerner les grands mouvements séculaires que de prédire les fluctuations proches.

&emdash; Par ailleurs, les infrastructures que nous construisons maintenant seront encore là dans un siècle, et sans doute bien davantage. Dès lors, la raison exige que nous les concevions en fonction d'une vision de 2100 et au-delà, même si nous n'avons pas de certitude absolue au sujet de la civilisation de cette époque.

&emdash; Enfin, la mise en place de schémas d'aménagement structure le développement. Les prévisions qui les inspirent deviennent "auto-réalisatrices", partie intégrante d'un mécanisme de pouvoir. Alors, la loyauté démocratique veut qu'elles soient clairement explicitées, délibérées et rendues intelligibles par les citoyens.

Il ne s'agit pas seulement de savoir avec quelle marge d'erreur on peut prévoir l'avenir. Expliquer la vision prospective qui sous-tend les choix d'aménagement, c'est surtout répondre à une exigence d'honnêteté vis-à-vis du public, que l'on doit informer des présupposés sur lesquels on engage l'argent du contribuable.

De toute façon, même si la fiabilité des prospectives n'est jamais aussi bonne qu'on pourrait le souhaiter, on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il est préférable de s'appuyer sur un tableau du futur que l'on a travaillé, à la lumière des informations que fournissent la science et la technique, plutôt que sur une vision instinctive et plus ou moins improvisée de l'avenir.

En vérité, tout le monde agit en fonction d'une prévision personnelle. Mais celle-ci reste le plus souvent secrète. La prospective consiste à ne pas se satisfaire de ce non-dit. Elle propose des méthodes pour travailler à une vision plus élaborée et délibérée. La plupart des collectivités, publiques ou privées, ont besoin d'un tel travail car, faute d'une vision commune, les énergies de leurs membres tirent dans des directions incompatibles, engendrant des incompréhensions et des conflits qui pompent les énergies et vident l'entreprise de son sens.

Même si les politiciens ont des horizons électoraux rapprochés, la plupart font ce métier pour laisser une trace dans l'histoire. Et pour ceux qui n'ont pas cette préoccupation, raison de plus pour délibérer du futur et leur faire prendre conscience de ses enjeux. Si, emportée par l'ivresse des jouissances immédiates, l'espèce humaine perd de vue la réalité des conditions de sa survie à long terme, il appartient aux chercheurs et aux intellectuels de la lui rappeler. Tous les individus ont, potentiellement, la faculté de prendre conscience de l'avenir de l'espèce et de la nécessité de préserver la nature. Ils ont la capacité d'ajuster leurs comportements en conséquence. Mais ils ne le feront pas dans un laisser-aller général où les pulsions ont priorité sur la raison. La prospective à long terme est donc un appel à la dignité et à la responsabilité.

La notion d'aménagement du territoire procède d'une prospective. Elle s'est affirmée en France dès les années cinquante, comme contrepoids de la masse excessive de la capitale. On parlait à l'époque de Paris et le désert français, selon le titre du livre de Jean-François Gravier, de 1947. Pendant les années soixante, elle s'est cristallisée, sous l'impulsion d'Olivier Guichard, avec la création de la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, gestionnaire de pouvoirs et de moyens incitateurs, puis par la rédaction des "livres blancs" et schémas d'aménagements.

On mobilisait alors les notables régionaux, désireux de capter, au profit de leurs électeurs, une part toujours plus grande des fruits de la croissance. Mais, en dessous de leurs tactiques et des manœuvres du pouvoir central, se manifestait une philosophie, qui se rattache, à mon avis, aux positions doctrinales confucéennes. Elle suppose en effet que, au delà du jeu des forces économiques, une certaine forme de conscience collective est légitime à corriger les distorsions, voire à mettre en place des règles faisant que les intérêts particuliers servent mieux l'intérêt général.

Ce faisant, cette philosophie reconnaît les limites du fonctionnement du marché et affirme qu'il appartient à la collectivité d'en canaliser les forces, non seulement pour ce qui concerne ses possessions propres, telles que les forêts domaniales, les bâtiments publics ou les monuments historiques, mais aussi pour l'ensemble du territoire. Reconnaissant toutefois la légitimité de la propriété privée, qui procède des Droits de l'homme, elle recommande d'intervenir par des incitations plus que par des interdictions, établit des cadres généraux dans lesquels les initiatives pourront se déployer, en évitant de leur donner la forme de contraintes trop précises, qui risqueraient d'étouffer la création et de conduire à des environnements d'une uniformité consternante.

Il est important de noter le contenu de cette philosophie en demi-teinte de la régulation , apparue dans les faits avec la pratique de l'aménagement, au moment où le débat entre les partis politiques, particulièrement vif en France, présentait des discours caricaturaux en noir et blanc, oblitérant ce qui était en train de se jouer tout en nuances concrètement sous leurs yeux.

En fait, c'est bel et bien une extension à l'ensemble du territoire de la légitimité qui avait conduit, un siècle auparavant, Haussmann à édicter les règles d'urbanisme d'où Paris était sorti transfiguré en moins de vingt ans (on allait à l'époque bien plus vite que maintenant !). La nécessité d'un cadre canalisant les forces du marché s'était alors imposée dans tous les pays du monde en matière d'urbanisme, au vu des conditions inhumaines de pauvreté, d'insalubrité et de délinquance dans lesquelles était relégué le prolétariat. En ce temps-là, comme aussi plus tard après la Seconde Guerre mondiale, l'insécurité ressentie par la classe dirigeante a emporté la décision en faveur de politiques énergiques d'aménagement, dépassant la doctrine du "laisser faire" qui, compte tenu de la situation, apparaissait alors comme un laisser-aller.

La confirmation théorique de la légitimité de ces politiques est venue plus tard. Elle n'est pas complètement connue ni admise actuellement. Elle procède de la Theory of value, de Debreu, qui constitue l'expression la plus achevée et cohérente de l'économie classique. Cet ouvrage a en effet le grand mérite d'énoncer clairement, sous forme mathématique, les hypothèses nécessaires pour que soit vérifié le dogme libéral, à savoir que le libre jeu des agents économiques mène à un optimum. Or, Debreu donne deux conditions nécessaires pour que cela soit : la première est que le domaine des possibles soit convexe, la seconde est que l'information des acteurs soit parfaite, c'est-à-dire qu'ils aient connaissance sans effort et instantanément de tous les choix présents et à venir qui leur sont ouverts.

Laissons pour le moment de côté cette question d'information. La convexité est vérifiée seulement lorsque les achats sont fongibles (si je peux acheter 2 kilos de sucre ou bien 1 kilo de farine, alors je peux aussi acheter toute combinaison intermédiaire, telle que 1 kilo de sucre et 500 grammes de farine ou encore 500 grammes de sucre et 750 grammes de farine...). Or, précisément, les décisions d'aménagement se jouent par tout ou rien. Elles sont par nature non fongibles et donc s'inscrivent dans un domaine non convexe (on affecte un terrain à la construction ou à un espace vert, mais pas &emdash; ou pas encore &emdash; l'un et l'autre à la fois).

Chacun sait que, en ville, le mouvement naturel des promoteurs est de bourrer l'espace de surfaces vendables. Si chacun était libre de maximiser son profit, on obtiendrait vite une surdensité invivable, qui d'ailleurs déprécierait le quartier en quelques années. De telle sorte que ce jeu, gagnant à court terme, est en fait perdant à plus long terme par l'engorgement résultant de l'action des autres intervenants.

Substituer à ce mécanisme une planification autoritaire est stérilisant. Le laisser faire est étouffant. On arrive donc naturellement à légitimer un niveau de conscience et de responsabilité d'échelon plus élevé, qui se pose non plus en décideur, mais en métadécideur, c'est-à-dire en décideur des règles de décision. Au delà d'une approche de simple cupidité, apparaît alors une approche cognitive de l'économie où interagissent différents niveaux de conscience, avec chacun son registre de pertinence, et un principe de subsidiarité évitant que les niveaux supérieurs se mêlent de détails qui ne les regardent pas.

Ce constat n'aboutit pas nécessairement à rejeter les mécanismes de marché. On peut aussi piloter le processus d'aménagement par la voie capitaliste. Supposons en effet qu'un promoteur soit responsable, non plus d'une parcelle de 5000 mètres carrés, mais d'une centaine d'hectares en zone urbaine (avec les droits de préemption et d'expropriation correspondants). Alors, son intérêt, s'il veut commercialiser au meilleur prix, est de ménager des espaces d'agrément dont la présence valorise les surfaces effectivement vendues. Il devient le défenseur d'un certain niveau de qualité, parce qu'il en tire un bénéfice. Néanmoins, cette technique n'est pas non plus un "laisser faire" sans entrave des opérateurs privés. Elle suppose des instruments réglementaires permettant à l'aménageur de "maîtriser le foncier", en passant, si nécessaire, par-dessus les intérêts particuliers. Autrement dit, l'opérateur, quel qu'il soit, doit pouvoir s'affranchir du parcellaire ancien, quelquefois présent depuis plusieurs siècles, en s'appuyant sur des instruments juridiques opposables aux tiers. Néanmoins, le procédé ne consiste pas à laisser dominer les forces du marché, mais au contraire à canaliser leur puissance au service de l'aménagement.

Avec l'urbanisme haussmannien, qui utilisait ce procédé du "capitalisme étagé", un grand pas avait été fait dans la voie de l'intégration des fonctions. Les circulations, les espaces verts, l'esthétique extérieure (les façades) et surtout l'eau courante et le tout-à-l'égout étaient pensés ex ante comme nécessaires. Les règles étaient donc imposées aux constructeurs pour que ces fonctions soient partout réalisées. Ce geste d'intégration constitue un saut qualitatif, du point de vue qui nous intéresse. Il relève de ce que les historiens du design appellent la loi d'intégration des formes . Selon eux, à mesure que les générations se succèdent, que ce soit dans l'automobile, l'aviation, l'électroménager ou le téléphone, les objets deviennent de plus en plus "ronds". Chaque partie collabore à plusieurs fonctions simultanément. On peut lire, rien qu'en regardant les modèles successifs, un processus d'intégration qui le coagule pas à pas en une structure plus ramassée et plus efficace.

Donc le XIXe siècle intégrait la voirie, l'eau courante et le tout-à-l'égout, auxquels sont venus plus tard se rajouter le gaz, l'électricité et le téléphone. Après quoi, l'aménagement du territoire des années soixante, avec ses schémas directeurs, prévoyait, dans la ligne de la charte d'Athènes, des zones industrielles, des zones d'habitation et des zones vertes.

Ensuite, le vent de laisser faire qui a soufflé sur le monde à partir des années soixante-dix a quelque peu ralenti l'ardeur des aménageurs, soupçonnés d'interventionnisme intempestif. Toutefois, dans une certaine mesure, le relais a été pris en Europe par les Communautés qui, au début des années quatre-vingt-dix, dépensent plus que l'État français en interventions d'aménagement sur notre territoire (pour la période 1989-93, 16 milliards de francs contre 10,7 dépensés par l'État) .

En 1980, le Japon décide à son tour une politique d'aménagement, amplement justifiée par l'excessive concentration de la mégalopole Tokyo-Osaka. Il inaugure une nouvelle stratégie de rééquilibrage en faveur des régions en choisissant une vingtaine de technopôles. Ce faisant, il prend acte que les conditions du développement ont changé. L'implantation d'établissements de recherche et d'enseignement &emdash; on dit maintenant des pôles d'excellence &emdash; devient désormais le premier geste de l'aménageur, celui qu'on espère voir entraîner dans son sillage les créations d'activité et la prospérité économique. Nous en sommes là au milieu des années quatre-vingt-dix. Toutes les régions dans tous les pays veulent avoir leur technopôle. Il y en a une centaine aux États-Unis, où ils s'appellent "science parks", au moins une vingtaine dans chacun des grands pays d'Europe (Grande-Bretagne, France, Allemagne), une vingtaine au Japon et d'autres encore chez les "dragons" (Corée, Taiwan…). Malheureusement, dans nos pays, nombre de ces espaces d'accueil, promus par les collectivités locales comme autrefois les zones d'emploi, n'ont ni la dimension, ni la qualification pour devenir des pôles de rayonnement mondial.

Si les élus locaux se tournent vers l'idée de technopôle après avoir enfourché celle de zone industrielle, ce n'est pas seulement par suite d'un effet de mode. Ils ont pu constater &emdash; par exemple lors des opérations de "sauvetage" économique menées en Lorraine en 1983 &emdash; que les entreprises étaient devenues plus sensibles à la proximité d'établissements de formation ou de recherche technique. Il suffisait autrefois de facilités concrètes, telles que le chemin de fer, l'échangeur autoroutier et l'aéroport. Il leur faut maintenant aussi une ambiance intellectuelle. Les modalités de création d'emploi ont changé. Moins d'industries de gros bataillons, aux travailleurs nombreux et peu qualifiés, plus d'entreprises dites "de pointe" à taille plus humaine, dont la matière grise est la ressource principale. Cette évolution progressive est la manifestation de la transition du système technique. Dans le monde entier, l'économie quitte l'ancienne organisation industrielle pour aller vers la nouvelle civilisation cognitive où les développements sont fondés sur le progrès des connaissances.

Au siècle prochain, les conditions de la localisation sont remises en jeu. L'espèce humaine se trouve dans une situation qu'elle n'a jamais connue, de toute son histoire. Elle peut communiquer instantanément d'un bout à l'autre de la planète. Actuellement, au milieu des années quatre-vingt-dix, ce privilège ne concerne qu'un humain sur dix, et se limite pour l'essentiel à la transmission vocale. Dès le milieu du XXIe siècle, il s'étendra quasiment à toute l'espèce et comprendra aussi l'image et toutes les formes de données. Si alors on peut se trouver n'importe où et rester connecté, que devient la localisation du travail, enjeu principal des stratégies d'aménagement ? Avant de répondre à cette question, il nous faut examiner la transition du système technique, comprendre les crises, énoncer un scénario, enfin réfléchir au sens nouveau de l'occupation de l'espace et aux nouvelles structurations. Alors, au terme de ce parcours, nous pourrons établir un diagnostic et formuler quelques propositions.

 

scénario du double rebondissement

 

On peut comparer la situation mondiale de la fin du XXe siècle à celle de l'Europe au milieu du XIXe. Dans le prolongement du mouvement humaniste lancé par les philosophes du siècle des lumières, la classe dirigeante, à l'aube de la révolution industrielle, était inspirée par un grand dessein : utiliser les résultats de la science et de la technique, sa fille, pour sortir l'humanité de la misère à laquelle elle semblait jusqu'alors condamnée. La Révolution française et aussi le travail de la philosophie allemande (Hegel…) se réfèrent à cette ligne directrice, que les saint-simoniens tenteront de traduire en langage d'ingénieurs. Alors le mouvement d'industrialisation se déclenche. Il va vite, trop vite. Le décalage se creuse. La culture du peuple reste en retard. Au lieu d'une société paisible et prospère, c'est un prolétariat urbain qui se constitue, produit de l'exode rural, vivant dans des conditions de pauvreté et d'insalubrité lamentables. La révolution de 1848 sonne l'alarme. L'idéal rousseauiste naïf et généreux s'écroule devant la dure épreuve des faits. Il faut alors déchanter et parer au plus pressé . La seconde moitié du XIXe siècle européen fait face à une situation critique. L'insécurité menaçait, comme le montrent les témoignages et les romans de l'époque. La classe dirigeante réagit vivement. La peur des dangers s'ajoutant à la déception produit un stress salutaire. On quitte l'esprit étroit de la petite bourgeoisie louis-philipparde, qui comptait ses sous et envoyait ses débiteurs en prison. On passe à une grande bourgeoisie au long cours, qui lance les grands travaux et déploie ses initiatives dans le monde entier (le canal de Suez, le canal de Panama, les chemins de fer…). Elle structure les villes (Haussmann) et structure les esprits (Victor Duruy, puis Jules Ferry), non sans arrière-pensée de maintien de l'ordre. Et ça marche ! Malgré les souffrances, les injustices et les erreurs, la société européenne retrouve le chemin de l'unité. Le cadre bâti permet une relative maîtrise de l'insalubrité, puis accueille l'automobile. La population, ayant appris à lire, écrire et compter, s'intègre dans le système technique industriel. Malgré deux guerres mondiales, l'Europe connaît au XXe siècle la plus grande prospérité de toute son histoire.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut s'attendre à un renversement de stratégie comparable au début du XXIe siècle, ce qui mène à un scénario en trois étapes.

1980-2020 : les désarrois de la société du spectacle. &emdash; Les médias règnent. On cherche par tous les moyens à capter l'attention fugitive du public. On lui procure des sensations. L'information ouvre largement la conscience sur le monde, mais elle est elle-même conditionnée par le besoin de persuader. La publicité et la désinformation l'envahissent. Le monde sait qu'il lui arrive des choses, mais il ne sait plus très bien quoi. Chassées par la concurrence des agricultures industrialisées, d'énormes masses humaines viennent grossir les banlieues des grandes villes de tous les pays. L'exclusion, la pauvreté, les désordres s'accroissent. Les systèmes mafieux montent en puissance.

2020-2060 : la société d'enseignement. &emdash; Par peur, et en réaction contre l'insouciance de la période précédente, on cherche à mettre fin à l'illettrisme, à la drogue et aux sectarismes en éduquant les déshérités. Les moyens techniques offrent des possibilités inconnues de l'école d'autrefois. De véritables conditionnements réflexes sont inculqués par des simulateurs à intelligence artificielle. Le besoin d'ordre se manifeste simultanément partout. Des grands programmes mondiaux d'aménagement, d'urbanisme et de reforestation sont lancés. On construit un nouvel urbanisme. On change l'assiette de la fiscalité pour mettre aussi de l'ordre dans l'environnement. A chacun de payer selon les dégâts qu'il crée ou suscite.

2060-2100 : la société de création. &emdash; En réaction au caractère normatif et presque étouffant de la période précédente, les humains cherchent à libérer leur potentiel créateur. Tous sont éduqués jusqu'à dix-huit ans, et acquièrent une culture technique. Les grands projets se sont déployés sur toute la planète. L'aménagement touristique de la terre est entrepris. Le principe de plaisir est le moteur des plus grandes réalisations. Les activités artistiques se répandent dans toute les populations. Le respect et l'épanouissement de la vie sous toutes ses formes sont les préoccupations majeures. Les valeurs féminines dominent. Les humains se tournent vers l'exploration intérieure, l'exploit sportif, l'art et la connaissance.

Un tel scénario pose d'une manière tout à fait nouvelle la question de l'aménagement. Sans doute, comme au siècle dernier, tout est suspendu à la résolution d'une cassure sociale, due à un écart entre la technologie et la connaissance populaire. Tout se déclenche aussi à partir de troubles de l'ordre public, conséquences de l'exclusion massive. Mais les outils disponibles ont changé. Le maillage des télécommunications et les univers virtuels transforment radicalement l'approche de l'aménagement et de l'éducation.

 

Un autre regard sur l'aménagement

 

Face à de telles perspectives, on est tenté de réclamer plus d'audace en ce qui concerne l'aménagement du territoire. Je me permettrai d'abord, au risque de choquer, de prendre une attitude exagérément critique, grossissant le trait pour bien faire comprendre les failles des orientations suivies jusqu'à présent. Il faut avouer la faiblesse des fondements.

On a pu dire des politiques d'aménagement qu'elles étaient aveugles mais non pas sourdes. A l'échelle des difficultés qui se profilent à l'horizon, l'idée de redistribution (de la richesse, de l'emploi, des équipements, des activités intellectuelles ou culturelles...) est loin de constituer un fondement suffisant. Ce n'est pas en prenant à Pierre (qui réussit) pour donner à Paul (qui échoue) qu'on peut espérer résoudre le profond désarroi qui étreint, à juste titre, les jeunes générations. Bien au contraire, ces opérations de "rééquilibrage", sous une apparence de justice distributive, peuvent apparaître comme un encouragement au scénario d'échec, dont l'accomplissement ouvrirait droit à la sollicitude des pouvoirs publics, tandis que le succès n'offrirait que la perspective de se faire prélever des surplus, destinés à combler les vides créés par d'autres. Quoi de plus décourageant pour ceux qui entreprennent ? La pratique du consensus mou entre notables ne suffit pas à construire une pensée cohérente, capable de faire face aux situations dont nous voyons déjà se profiler les prémices. Pour espérer retrouver un fondement aux stratégies d'aménagement , il faut, me semble-t-il, réduire l'audience apportée aux plaintes en tous genre et concentrer son attention sur ce qui, de tout temps, justifie l'exercice de la conscience collective : la survie de l'espèce humaine. J'appelle de toutes mes forces à ce que la survie ne soit pas perdue de vue, car les sécurités à long terme ne sont plus assurées.

Voici un apologue : il y a quelques années, les agriculteurs américains, poussés par la concurrence mondiale à des performances accrues, avaient semé la quasi-totalité de leur blé avec seulement deux semences démultipliées à l'identique par l'habileté des biologistes. Mal leur en prit, car l'une d'elles attrapa une maladie contagieuse, et la moitié de la récolte fut perdue. La concurrence uniformise. La perte de diversité qui en résulte rend vulnérable. En termes commerciaux, on avait cru encore accroître de quelques points les performances, et cela suffisait à emporter les commandes. Néanmoins, en termes de théorie de la complexité, on avait fragilisé un écosystème. La maladie imprévue n'était qu'un révélateur : celui des dangers de l'uniformité.

Bien des dangers présents relèvent de la même erreur, sous des formes différentes. Dans ce cas, la main invisible du marché avait choisi le grain de blé le plus performant, puis l'avait multiplié. L'agriculture tout entière souffre des fluctuations de cours dès que l'uniformité s'installe dans un secteur, au point que des régions entières peuvent en être détruites. Il faut attendre la réapparition de la pluriactivité et la multiplication des petits produits à la ferme pour qu'une suffisante sécurité soit à nouveau assurée. Dans un autre registre, la même main invisible répand, sous prétexte de moindre coût, des millions de boîtes à dormir identiques, sonores et impersonnelles, jusqu'à ce que la population obligée d'y vivre manifeste physiquement sa réponse au mépris qu'elle subit.

L'uniformité-vulnérabilité en est aussi la funeste conséquence. Sans doute, ce sont des circonstances particulières qui l'engendrent. A plus long terme, le marché reconstitue une diversité. Mais il faut des décennies pour effacer l'offense faite à la vie, retrouver la nature au cœur des villes et l'esthétique dans l'architecture. Ailleurs encore, la main multiplie les formations spécialisées ouvrant à de petites places dans un grand organigramme, au moment où les mégastructures s'effondrent. On manque d'employeurs plus que d'employés, mais où produit-on des employeurs ? Les entrepreneurs individuels sont des hommes-orchestres. Ils ne répondent à aucune demande. Dans la perspective d'un marché de l'emploi, ils n'existent pas, bien que ce soient eux désormais les principaux créateurs de richesse. Par contre, il y a une demande exprimée pour des qualifications "pointues", même si elle ne se prolonge pas ultérieurement par une embauche réelle. L'uniformité, c'est aussi l'illusion, les fausses valeurs de la compétition qui masquent les vraies valeurs du talent. Il serait prudent de ne pas trop faire confiance aux mains invisibles. Elles s'égarent, manquent de discernement et même de bon sens.

 

La survie : "Biosphère" et SDF

Mais comment imaginer une autre façon de faire ? En prenant au sérieux la question de la survie. D'abord, il faut rappeler cette évidence qu'une tribu de bureaucrates ne survivrait pas bien longtemps dans la savane primitive de la vallée de l'Omo, là où l'espèce humaine s'est constituée. Cela nous amène à porter un regard respectueux aux peuples qui savent encore se perpétuer dans des milieux naturels difficiles : les Inuit, les Aborigènes ou les Pygmées par exemple. Ils ont des enseignements à nous transmettre.

Transposons au milieu moderne. La survie d'un "SDF" en ville n'est pas, dans son principe, une question différente de celle d'un pygmée ou d'un aborigène dans son milieu, à cela près que ceux-ci y ont été enseignés depuis leur enfance. Techniquement, les problèmes rencontrés par les uns et les autres ne sont ni plus ni moins difficiles. La connaissance de ceux des tribus a été polie par le temps, intégrée à la culture et payée du prix du sang. Le SDF, lui, a été éduqué pour un autre destin. A son ignorance des pratiques nécessaires à sa survie s'ajoutent la coupure sociale, la privation de reconnaissance et d'information utile. Il est nié alors même qu'il vit dans une société se réclamant des Droits de l'homme (dont le premier est le droit de vivre). Il est rejeté dans une situation de bannissement qui, dans d'autres ethnies &emdash; et même chez les primates &emdash; peut mener au suicide. Son épreuve est physique. Elle est aussi psychique.

En dehors de son caractère dramatique, la question des SDF ne doit pas être réduite à un dysfonctionnement, une sorte d'imperfection du système urbain, regrettable certes, mais ne remettant pas en cause la conception générale. C'est au contraire un révélateur profond, lorsqu'on raisonne en termes de survie de l'espèce. L'histoire de l'humanité, à partir de la vallée de l'Omo, est une succession d'explorations de territoires nouveaux et de façon de survivre inédites. A chaque étape, il y a eu, évidemment, ceux qui sont restés sur place (la société officielle de l'époque) et ceux qui sont partis explorer d'autres façons de faire, soit qu'il aient été expulsés, soit qu'ils n'aient pas toléré les conformismes et les contraintes des structures établies. Ceux-là ont inauguré et démontré de nouvelles possibilités, comme celui qui ouvre une nouvelle voie d'alpinisme (à l'exemple de la dernière ouverte pendant l'hiver 1994 dans les drus, qui s'appelle opportunément "soutien aux SDF"). Ce faisant, ils ont étendu le domaine de survie de tous. Du point de vue de l'espèce, celui qui expérimente d'autres modes de survie, même s'il le fait dans l'extrême pauvreté, est donc un enrichissement.

Tout se passe comme si la société dite avancée préférait la protection de ses conformismes à l'expression d'une problématique de survie (dont le SDF est évidemment plus proche que le bureaucrate). C'est une société qui a peur. Elle n'ose pas regarder les choses en face. Or l'espèce humaine doit sa position au parcours qu'elle a fait, chaque génération affrontant sa part de danger et démontrant sa capacité de faire face à des situations de plus en plus difficiles. Au siècle prochain comme aux précédents, il faudra aller encore plus loin et décliner la question de la survie dans ses différents aspects : en mer, en montagne, en forêt, dans le froid et dans le désert, au milieu de catastrophes naturelles (séismes, typhons…).

Non seulement l'initiative, due à Paul Virilio, de construire des bouées de sauvetage pour SDF fait partie d'un projet d'aménagement, mais tout ce qui permet de repousser les limites du possible en fait partie. Le confort de l'usager est certainement désirable, mais il ne prend son sens qu'en contraste avec la difficulté de survivre de l'époque. Et, si l'on cherche à abolir les difficultés concrètes, elles se retrouvent, démultipliées à la génération suivante, du fait de l'amollissement des esprits, de l'imprévoyance, de la démotivation et de la vulnérabilité à toutes sortes d'accoutumances et de drogues. La survie est aussi et surtout dans les têtes. Plus la société planétaire se maille et multiplie les interdépendances, plus il est nécessaire, en compensation, de construire des zones d'autonomie, capables de survivre en cas de défaillance du grand système complexe interconnecté.

Cette logique trouve son expression dans un objet symbolique, sorte de phare éclairant le paysage de l'urbanisme futur, l'expérience Biosphère II . En essayant de stabiliser un écosystème complet, avec huit personnes vivant deux ans en circuit fermé dans une serre étanche, les auteurs de cette tentative visent une préparation à la survie dans les espaces intersidéraux, à bord de planètes creuses artificielles . Si elle réussit, l'homme peut devenir le messager de la vie à travers les étoiles. Son domaine de survie devient alors infini.

Biosphère II peut sembler bien loin de nos problèmes d'aménagement, et cependant elle est un révélateur des difficultés qu'ils connaissent. Cette arche de Noé futuriste nous indique l'oubli des autres arches que nous aurions dû construire, à commencer par celles des SDF. Elle montre l'insuffisante formation du peuple à la survie : toute citoyenne et tout citoyen devraient être entraînés, dès le service militaire, à survivre dans des conditions difficiles, de froid, de chaud ou de pauvreté . Plus généralement, cette arche pointe le défaut d'autonomie des systèmes modernes, leur talon d'Achille, l'extrême vulnérabilité sous l'apparence de la puissance.

Ainsi l'agriculture, poussée par l'appât du gain, en se spécialisant sur quelques produits à haut rendement, s'est rendue vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux ; elle a sacrifié l'essentiel aux yeux d'un biologiste : la diversité, qui lui apportait sécurité et autonomie. La ville, pour la même raison, est devenue fragile. Les plus grandes cités du monde, même dans les pays riches (New York, Los Angeles…), sont aussi les lieux où la sécurité publique est le moins assurée. Ce qui est arrivé ces dernières années à Beyrouth puis à Sarajevo montre aussi comment une vie urbaine ordinaire peut vite se transformer en enfer. Les moyens de paralyser une ville sont devenus si nombreux qu'on peut s'étonner qu'elles fonctionnent encore. La rentabilité a occulté la sécurité. Il faut calculer les villes autrement.

 

Vers l'éclatement des villes

Certains théoriciens de l'urbanisme disent justement que les initiatives d'aménagement se déclenchent lorsque l'ordre public est menacé, avec l'intention de modeler le cadre bâti de manière à éviter que les troubles se reproduisent. Il est clair que les projets du Second Empire, venant après la révolution de 1848, avaient une arrière-pensée de maintien de l'ordre, de même que le lancement des HLM, dans l'après-guerre troublée des années cinquante, ou le déménagement des universités du centre de Paris après Mai 68. Compte tenu de la crise sociale prévisible au début du siècle prochain, résultant de la montée de l'exclusion, il faut s'attendre, dans le monde entier, à une vague d'initiatives d'ampleur haussmannienne, qui tienne compte en priorité des causes, réelles ou supposées, des désordres, et cherche en tous cas à les rendre impossibles.

Il y a déjà des quartiers à protection renforcée où logent des personnes âgées et fortunées, et le marché des matériels de sécurité n'a jamais été aussi florissant. Mais, au delà du réflexe de défense, qui a ses limites car personne ne peut jamais être parfaitement protégé, il y a les causes profondes de la vulnérabilité : le manque de diversité, le repli frileux sur des conformismes et des acquis, le refus persistant d'affronter de nouveaux dangers.

Compte tenu des possibilités futures des télécommunications, on peut très bien imaginer un scénario d'explosion au ralenti, commençant au début du siècle prochain, qui aboutirait à des unités de taille plus humaine, aux ressources assez diversifiées et plus faciles à contrôler, sans que l'efficacité des acteurs économiques ait à en souffrir. Les centres actuels des très grandes villes seraient alors laissés au pourrissement, tandis que les lieux de décision et de travail partiraient dans des villes moyennes, des technopôles, voire des sites touristiques.

Deux arguments supplémentaires militent en faveur d'un tel processus :

&emdash; Le premier est que les transports froissent l'espace. Pour prendre un exemple, depuis que le TGV Nord est en service, la ville de Roye, sur la carte à mi-chemin entre Paris et Lille est maintenant (en temps de trajet) plus loin de Paris que Lille et plus loin de Lille que Paris. En termes de transport aérien, toutes les grandes villes de province sont à une heure de vol de Paris (plus ou moins vingt minutes) mais elles sont entre elles à plus de trois heures, au cas où la correspondance à Orly est favorable. Ce paradoxe joue aussi en sens inverse, au détriment de la capitale, dès lors que les temps de trajet internes deviennent d'un ordre de grandeur comparable à ceux de l'avion ou du train, ce qui est désormais le cas. Les trajets domicile-travail de plus de la moitié des Parisiens sont supérieurs à une heure. L'inconfort et la fatigue qui en résultent obèrent la qualité du travail et engendrent, de la part des employeurs comme des employés, une demande d'un univers moins concentrationnaire ; d'où, à terme, le pronostic d'un déclin des très grandes villes au profit d'un développement progressif des villes moyennes. D'où, également, la nécessité de restructurer les banlieues par densification autour des transports en commun.

&emdash; Le second est relatif aux rapports pathologiques de la ville et de l'automobile.

Lorsque le Second Empire traçait les grandes voies que nous connaissons, c'était pour la circulation des fiacres et avec l'arrière-pensée de pouvoir faire manœuvrer la troupe en cas d'émeute. L'automobile n'existait pas encore. Malgré la mentalité de l'époque, bien plus futuriste que de nos jours, il eût semblé incongru de penser à elle avant de percer les boulevards. Aussi nous trouvons-nous avec un cadre urbain décalé, répondant à un système technique ancien, désormais dépassé. Les conséquences se font durement sentir : pollution, stress, pertes de temps, fatigue générale et mauvaise santé de la population..., et contribuent à la baisse d'attraction des grandes villes.

 

L'urbanisme en 3D

Depuis une cinquantaine d'années, les pouvoirs publics tentent d'effacer ce décalage, dû à ce que la vitesse de renouvellement du cadre urbain est beaucoup plus lente que celle des moyens de transport. En effet, si la durée de vie d'un modèle d'automobile est de l'ordre de dix ans, celui du cadre bâti, sauf dans les périodes exceptionnelles de type haussmannien, est de l'ordre de cent ans ; à titre de comparaison, celui du sytème d'éducation a été estimé par Jacques Lesourne à soixante-quinze ans. Quant au parcellaire foncier, il conserve encore des traces de l'époque médiévale. Les tentatives actuelles, en matière d'urbanisme, se contentent néanmoins de replâtrer un cadre urbain déficient. On ne repense pas encore la ville en fonction des moyens de communication et des nécessités sociales du futur. Même les villes nouvelles et les technopoles semblent issues des modèles du passé, marquées par les manières de construire anciennes. Toutefois, dans les grandes agglomérations, s'ouvrent des rues piétonnes et s'établissent des circulations souterraines. Un autre modèle pointe timidement (ci-...).

 

 

Principe haussmannien : la rue est prioritaire

 

 

 

Modèle futur probable : priorité aux piétons et à la verdure

 

Pour expliciter en quoi ce modèle est nouveau, il faut aller très loin dans la remise en cause. "Le propriétaire du terrain est propriétaire du dessus et du dessous", dit la loi, s'inspirant de l'ancien droit de la civilisation agraire. La conséquence mécanique est la formation d'un urbanisme prismatique, où l'on construit sur des parcelles, c'est-à-dire non pas en trois dimensions, mais en deux plus une, la troisième étant limitée par les coefficients d'occupation des sols. Or, en l'occurrence, paradoxalement, deux plus un n'est pas égal à trois. Dans un espace à trois dimensions, en effet, on se déplace librement dans toutes les directions. Le "deux plus une" qu'impose la loi privilégie les horizontales et les verticales. La construction est comme enserrée jusqu'au ciel et sous la terre par le parcellaire de la propriété du terrain. Les lignes obliques sont quasi inexistantes et le domaine public (de la rue, des voies ferrées…) est légalement infranchissable sans formalités (y compris par les communications hertziennes, ce qui est un comble !) ; sans parler du domaine public maritime dont l'aménagement est quasi gelé par une législation désuète, à réécrire complètement en vue du développement des cités marines. Dès lors, on n'a presque pas construit au-dessus des rues pour mettre en communication les immeubles de grande hauteur et faire circuler les piétons en dehors des zones polluées, ou encore au dessus des gares ou en dessous des aéroports, bien que ce soient des lieux des plus utiles pour accueillir des centres d'affaires.

Ces observations m'amènent à penser que la notion même de COS est dépassée. Le droit de construire ne devrait pas être lié à un terrain, mais à un volume, et les servitudes correspondantes définies en trois dimensions, par des bases de données virtuelles (un cadastre 3D, consultable à distance). En posant un tel principe, j'ai bien conscience de faire appel au dernier état de la technique émergente, dépassant ce qui est actuellement disponible sur le terrain, dans les municipalités et les directions départementales de l'Equipement. Je rappelle cependant que ces suggestions ne sont pas utopiques. Elles entrent dans le cadre de ce que peut déjà faire la technique actuelle, y compris sur des micro-ordinateurs coûtant dix fois moins cher à l'achat qu'une automobile. L'objectif du présent essai n'est pas de prolonger ce qui existe, mais bien de porter un regard prospectif à cent ans sur l'aménagement. Compte tenu de l'émergence du nouveau système technique, il est dès maintenant tout à fait nécessaire de poser ce défi à nos géomètres et au législateur : comment concevoir un cadre juridique (et financier) de la construction qui soit pleinement en trois dimensions, et non pas en deux plus une.

Les arguments que je viens d'esquisser mériteraient d'être approfondis et délibérés par les hommes de métier. Néanmoins on peut dire dès à présent qu'ils militent en faveur d'une transformation radicale de l'art de construire et concevoir l'aménagement. Cette transformation devrait logiquement coïncider, si l'on suit notre scénario, avec le passage à la société d'enseignement au début du siècle prochain. Elle doit être préparée. Dès maintenant, il faut articuler des projets audacieux.

 

Le déménagement de la capitale

Malgré la volonté affichée dès les débuts de la politique d'aménagement du territoire (Paris et le désert français) de rééquilibrer le poids excessif de la capitale par un développement régional suffisant, la carte de France offre encore le spectacle déprimant d'une région parisienne abusive vivant aux dépens d'une province exsangue. J'en déduis que les politiques menées n'étaient pas assez énergiques, qu'elles manquaient de moyens, de détermination et d'audace. Sans esprit de dénigrement, mais sans indulgence non plus, il faut le constater, cinquante ans de travail n'ont pas suffi. Paris est peut-être un peu moins abusif et les villes de province un peu plus actives, mais la tendance n'a pas été inversée. Bien plus, quand le GIP Reclus nous présente la carte d'Europe à sa façon (ci-contre), il montre le flux des échanges et de l'économie s'organisant selon une "banane" de Liverpool à Rome en passant par Rotterdam, le réseau maillé des villes allemandes, Milan et le Nord industriel italien. La France, mis à part l'Est (Strasbourg-Lyon-Grenoble) serait en voie de marginalisation par rapport à cette banane vivace et créative. Malgré notre propension naturelle à l'autosatisfaction, nous serions donc à long terme dans un scénario d'échec. Pourquoi ?

 

CARTE DE L'EUROPE

Source : ........

L'Europe : une carte devenue célèbre

 

Je pense que cet affaiblissement est la conséquence mécanique d'une confusion. Tandis que les villes allemandes se spécialisaient, articulaient leurs fonctionnements économiques sur la base de leurs professionnalismes respectifs, le système français se laissait prendre au mirage du pouvoir, et concentrait à Paris toutes ses décisions, les usines sans tête des régions étant supposées obéir tels des robots aux injonctions de la capitale. Il en résultait, selon la formule classique, l'engorgement au centre et la paralysie aux extrémités. La classe dirigeante s'évaporait dans des mondanités et des intrigues, oubliant les valeurs qui font les vrais professionnels. La confusion des compétences, une mauvaise gestion du temps de travail et un amateurisme généralisé s'installait. La critique en avait autrefois été faite par Molière, Beaumarchais et les opérettes d'Offenbach. Mais désormais la technique moderne, avec son vocabulaire foisonnant, ne peut plus être gérée par des jeux de cour. Il y a confusion, car le système cognitif qu'elle exige n'est plus celui du Roi-Soleil. Il lui faut une articulation décentralisée et spécialisée.

On peut observer sur différents pays les bienfaits du déménagement de la capitale administrative dans un lieu conçu à cet effet. Brasilia fonctionne. Ce n'est peut-être pas une réussite aussi complète qu'on l'espérait, mais le déménagement de la capitale depuis Rio a revitalisé le développement de l'ensemble du Brésil, mettant fin à la confusion entre le pouvoir bureaucratique et les autres activités. Plus près de nous, l'Allemagne, depuis la Seconde Guerre mondiale, du fait d'un accident de l'histoire, a connu un extraordinaire redressement tout en bénéficiant d'une localisation nouvelle de sa capitale à Bonn, ville moyenne distincte des grands centres de décision économiques. Les Allemands tiennent à la réinstaller à Berlin pour des raisons affectives qui n'ont rien de futuriste. A long terme, soit ils y renonceront soit ils y perdront, car l'expérience montre que les nations prospères sont plutôt celles dont la capitale administrative est une ville de second rang : c'est le cas des Etats-Unis (Washington), de la Hollande (La Haye), de la Suisse (Berne), de la Belgique (Bruxelles est moins importante qu'Anvers) et, dans une certaine mesure, de l'Italie (Rome est moins importante que Milan). Les Japonais l'ont bien compris. Ils étudient actuellement le déménagement de leur capitale, paralysée dans la mégalopole Tokyo-Osaka.

On pourrait objecter que la période de dilution du concept même de pouvoir que nous prévoyons n'engage pas à investir dans une capitale. Ne serait-ce pas bien coûteux pour une idée moribonde ? Je répondrai : bien au contraire, car l'avantage d'un déménagement s'établit en termes d'organisation et de fonctionnalité pour ceux qui déménagent, mais surtout en termes de liberté pour ceux qui restent. Dans une période d'intense transformation des méthodes de travail qu'est l'émergence de la société cognitive, avec son stockage électronique de l'information et ses transmissions à la vitesse de la lumière, il est particulièrement nécessaire de couper les liens anciens et de s'affranchir des façons de faire obsolètes. Le déménagement est un moyen, en apparence anodin, en fait bien plus profond car il touche aux réflexes quotidiens des agents, d'accélérer ces nécessaires adaptations.

Que peut-on imaginer dans le cas de la France, dont la capitale n'a d'ailleurs pas toujours été à Paris ? Certains &emdash; comme Georges Patrix, qui recommande depuis longtemps le déménagement de la capitale &emdash; pensent que la vallée de la Loire est plus centrale dans l'identité française que celle de la Seine. Y localiser la capitale (Franceville) serait alors un ressourcement bénéfique. Je me permettrai une autre suggestion. Celle de l'installer vers le centre géométrique du pays. Par exemple, dans le triangle Vierzon-Bourges-Issoudun, on pourrait choisir un carré de forêt d'un kilomètre de côté, y implanter une gare de TGV, aménager un aéroport à proximité et construire un ensemble fonctionnel capable d'accueillir la présidence de la République, tous les ministres, les ministères et les administrations centrales ainsi que l'Assemblée nationale. (Il n'est sans doute pas indispensable de décentraliser aussi le judiciaire tel que la Cour de cassation, le Conseil d'état, la Cour des comptes, dont la vocation est plutôt de s'internationaliser aussi rapidement que possible.) En plus de sa centralité, l'avantage de cette localisation, par rapport à la carte d'Europe du GIP Reclus (ci-...), serait de construire un maillon entre la "banane prospère" centre-européenne, et la façade atlantique (Nantes-Bordeaux). Elle fait donc aussi partie d'une stratégie plus vaste, qui suppose que soient simultanément réalisées des liaisons transversales (Poitiers-Dijon-Mulhouse) avec les moyens de développement associés comme le renforcement du potentiel de recherche et d'enseignement supérieur le long de cet axe.

Au delà de l'animation du centre de la France, le principal bienfait de la délocalisation de la capitale administrative se ferait sentir sur la mentalité des gouvernements et des administrations centrales. Ceux-ci travaillent dans d'anciens hôtels particuliers, qui servirent autrefois à loger les nobles de haut rang, les princes, les rois et leurs maîtresses. Dans de tels lieux, encore tout imprégnés de l'esprit futile, arrogant et désinvolte de l'Ancien Régime (celui d'avant la révolution de 1789, bien entendu), la tentation de l'abus de pouvoir est plus forte que la raison. L'incommodité entraîne le surmenage, d'où l'on se tire par l'évitement. Bientôt, l'importance des individus se mesure, non pas à ce qu'ils font, mais à ce qu'ils n'ont pas le temps de faire. Et l'accumulation de gens importants a pour conséquence que les choses ne se font pas. Le pouvoir s'exerce alors, par un effet mécanique, non pas dans la création généreuse, mais au contraire dans l'attente, l'esquive ou le refus crispé. Constamment le temps lui manque. Or, à l'origine de tout cela, il y a le cadre de travail désuet et inefficace. Transporter tout ce monde dans des lieux fonctionnels, équipés des communications les plus modernes (visiophones, fibres optiques…), conçus spécialement pour le métier de décideur avec, à proximité, l'odeur de la forêt et le murmure des jets d'eau, serait une œuvre de salubrité publique, en même temps qu'une manière positive de signifier l'entrée dans le XXIe siècle : l'abandon du concept dépassé de pouvoir au profit de la restauration d'un professionnalisme perdu, y compris dans la haute fonction publique.

 

Conclusion

Le travail d'aménagement

L'horizon de l'aménagement du territoire n'est pas, comme on le croit trop souvent, seulement quinze à vingt ans. C'est cent ans. La preuve en est que ce qui a été construit il y a un siècle est encore l'essentiel de notre cadre de vie. De même ce que nous allons construire prochainement sera encore là dans cent ans, et doit donc répondre aux besoins futurs plus encore qu'à ceux du présent. Il y a des générations qui bâtissent, d'autres qui vivent dans ce que leurs ancêtres ont bâti. C'est notre cas, mais les difficultés sociales (exclusion) et écologiques prévisibles au début du siècle prochain devraient susciter une nouvelle période de grands travaux, d'inspiration haussmannienne.

La prospective séculaire éclaire d'un jour nouveau la définition même de l'aménagement. Nous sommes en effet à l'aube de la troisième grande transition du système technique. Après la révolution agraire (XIIe-XIIIe siècles) et la révolution industrielle (XIXe-XXe siècles), nous entrons dans la société cognitive, dont la constitution devrait aussi prendre plus d'un siècle. Par rapport aux précédents modes de vie, il s'agit bien d'une nouvelle civilisation. Elle est, sinon délocalisée, du moins issue d'un autre principe de localisation. Le lien avec la terre, puis l'usine ou le bureau entraînait derrière lui toute une géométrie territoriale. Que prévoir si l'on peut demain travailler en tous lieux et se manifester par téléprésence à des milliers de kilomètres ? L'impératif réunissant les hommes dans un même emplacement étant moins fort, ceux-ci perdront moins de temps en déplacements obligatoires et concentrationnaires. Le nouveau principe qui les fera se réunir, c'est la connaissance, dans toutes ses dimensions. Celle qui s'acquiert dans les universités, mais aussi celle qu'on aborde dans les commerces, les voyages, les plaisirs...

Chaque génération de stratégie d'aménagement intègre des paramètres nouveaux et embrasse dans un même geste des domaines d'équipement supplémentaires. La période haussmannienne avait intégré les circulations, l'eau courante et le tout-à-l'égout. La fin du XXe siècle a tenté l'intégration des zones vertes et des zones d'emploi. Déjà, la stratégie des technopôles inaugure une intégration de la connaissance. Demain, elle devra s'accompagner d'un aménagement des infrastructures de communication. On parle à juste titre d'autoroutes électroniques (en fait optroniques), mais ce n'est pas tout ! Dans l'aménagement, il y aura aussi la protection contre les messages indésirables et perturbateurs. Il faudra discipliner l'espace hertzien. Des lieux protégés de connexion choisie deviendront vite nécessaires, dans un siècle où la surinformation déferlante mettra les humains sous la menace constante de perdre le contrôle de leur propre mental.

La seconde transformation qui devrait faire évoluer la notion même d'aménagement est celle des relations avec la nature. Le XXe siècle se contentait de l'exploiter, le XXIe devra aussi la préserver, de manière à transformer la planète en jardins, multitude de biosphères pilotées par l'homme. Or, dans les développements actuels, ni les besoins de la nature, ni ceux de l'homme ne sont satisfaits. L'espèce humaine règne sur la terre, mais elle est une reine aveugle, à qui la cupidité et l'angoisse ont caché la réalité. L'aménagement, jusqu'à présent préoccupé de soigner les dysfonctionnements des villes, devra aussi porter son attention vers l'espace rural, pour donner corps (par exemple au moyen d'agences d'aménagement, dotées de ressources parafiscales suffiantes) à la fonction de jardinier du territoire que l'on demande prématurément aux ruraux d'exercer sans en avoir précisé les modalités, ni négocié de contrat loyal avec eux. Il devra aussi s'intéresser aux nouveaux espaces de vie, tels que la mer, pour lever les interdits qui y pèsent encore sans raison.

S'il s'agit de préserver la qualité du paysage, interdire ne résout rien. Or, c'est malheureusement ce à quoi aboutit la législation actuelle, avec la fixation des plans d'occupation des sols qui, en pratique, gèle l'utilisation des terrains, comme si toute initiative nouvelle était par principe suspecte. Il y a derrière le réflexe d'interdiction une attitude fausse, parce que procédant d'un principe passéiste &emdash; hélas trop présent dans le mouvement écologique &emdash; et, ce qui est plus grave, d'une fuite devant les responsabilités de l'espèce humaine. Ne rien faire serait a priori meilleur que de faire quelque chose, alors que nous avons à prendre soin de la techno-nature. Un jardinier ne reste pas inactif. Il doit constamment intervenir pour que la nature dont il est responsable reste en bon état. Or, nous sommes désormais dans la situation d'un jardinier planétaire. Quelles que soient les indignations et les bonnes intentions que l'on affiche, ne pas l'assumer est une faute grave, un manquement aux devoirs essentiels vis-à-vis de la vie.

Enfin, dans les multiples actes d'aménagement, l'innovation doit pouvoir s'exprimer, y compris dans sa dimension artistique. Or je rappelle que la différence entre une société innovatrice et une société stérile est que, dans la première, tout ce qui n'est pas interdit est permis, tandis que, dans la seconde, tout ce qui n'est pas permis est interdit. Pour faire comprendre sur un exemple cette subtile distinction, regardons le droit de construire : si, comme cela paraît, à première vue, logique, les terrains sont rangés en catégories telles que, sur certains, on peut construire, sur d'autres, on l'interdit parce qu'il faut les réserver pour faire des espaces verts. Supposons que l'on invente une façon de faire des constructions qui soient aussi en même temps des espaces verts (on sait bien acclimater des plantes dans les appartements, et placer des jardins sur les terrasses). Cette invention, si intéressante qu'elle soit, ne fait pas partie des catégories prédéfinies, donc elle n'a pas le droit d'exister. Elle est de fait implicitement interdite par la réglementation.

On peut se poser la même question pour bien d'autres opportunités de construire : sur l'eau (un fleuve, un lac, en mer...), au-dessus ou en dessous du "domaine public" (les gares, les rues…). Il y faut, bien entendu, des précautions particulières, mais ce n'est aucunement hors de portée de la technique actuelle. Malheureusement, ça n'entre pas dans le cadre de ce qui avait été prévu. C'est au point que l'on peut se demander si le faisceau des interdits et des systèmes de financement qui enserre la construction ne la canalise pas inévitablement vers la production des horreurs qui défigurent et rendent invivables nos grandes villes. Il est donc urgent, comme on l'a vu au chapitre précédent, de remettre en chantier les lois et règlements, en vue d'un urbanisme intégrant les trois dimensions de l'espace, et non pas deux plus une comme actuellement, et aussi dans un esprit d'ouverture à l'innovation.

La prospective à long terme laisse présager qu'au début du siècle prochain la classe dirigeante mettra fin au processus de dégradation et d'exclusion actuel en lançant, comme dans l'Europe de la seconde moitié du XIXe siècle, des programmes massifs d'éducation et de grands travaux. La naissance d'un nouvel urbanisme et d'un autre aménagement de l'espace rural sera alors possible. Il faut la préparer dès maintenant, même si les financements ne sont pas encore disponibles. Ce seront nécessairement des gestes forts, pour lesquels il faut se donner la liberté de l'audace. Pour la France, de tels gestes peuvent être symbolisés, non seulement par l'achèvement des maillages autoroutiers, ferroviaires (TGV), de voies d'eau (Rhin-Rhône…), de transports en commun et de câblage télématique, mais aussi par un schéma directeur des technopôles et par l'étude du déménagement de la capitale administrative dans un lieu central, choisi stratégiquement par rapport au développement de l'Europe, et équipé des moyens de communication et des fonctionnalités les plus modernes. L'équilibre du développement du pays y gagnerait. La qualité du travail gouvernemental aussi.

Les perspectives de l'aménagement du territoire engagent l'avenir social. Elles sont bien plus que le résultat d'un travail d'expert ou d'une négociation entre notables.

J'ai participé, il y a 25 ans, à l'élaboration du livre blanc et du schéma directeur d'aménagement de la région du Nord. C'était d'abord un exercice de prospective, la recherche d'une vision claire de la manière d'occuper l'espace à long terme. Depuis, ce qui avait été dit à l'époque s'est réalisé sur le terrain. Pourquoi ? Parce que la délibération entre les protagonistes, qui avait pris la forme d'un "jeu d'aménagement" avait abouti à une stratégie qu'ils sentaient rationnelle, même s'ils n'y trouvaient pas la satisfaction de toutes leurs revendications.

J'en ai déduit que le travail d'aménagement comprend une part importante de technique mais plus importante encore de participation. A l'époque, l'OREAM, qui en était en charge, avait un budget annuel de plus de 3 millions de francs de l'époque, et cela pour une seule région. Maintenant, en plus, ce travail peut être enrichi par des logiciels cartographiques et des animations : on peut désormais simuler des évolutions futures par ordinateur devant les décideurs.

La technique doit être mise au service, non du pouvoir, mais de la qualité de l'information et de l'implication de ceux qui auront à vivre dans le cadre bâti. Une fois que le béton a pris, il est trop tard pour délibérer. Le décor est planté pour des décennies, voire pour des siècles. Ce serait une injure aux générations futures que de bâcler l'étude des lieux où elles devront vivre. Ce serait aussi entacher notre propre mémoire, car chaque époque met son âme dans ce qu'elle construit, et sera vue par l'histoire dans ses réalisations concrètes, une fois le bruit des mots dissipé et oublié. Le travail d'aménagement est une recherche de la raison par l'animation du débat.