![]() |
|
|
2060-2100 : The Creation Society
|
The contradictions inherent in the preceding era are becoming too pronounced. Mass education, relying on the incredible technical tools of the hallucinogenic industry has shaped the very nature of minds and social peace has been established at the price of a loss in creativity. The dangers of social upheaval have receded but the new generations, educated in the disciplines of both body and mind, are much better equipped than in the past and want to express themselves freely. Conformism, associated with the previous period is accused of stifling human urges and of being antagonistic to the flow of life itself. Purely mechanical intellectual endeavour is looked upon with suspicion. Extraordinary games in which man and machine competed against each other had even become Olympic sports. However too great an emphasis on the mind had diminished the importance of emotions. People begin to reveal themselves in different ways, prizing independence and universality. There is a growing feeling that while humanity had been busy setting the world to rights it had lost its capacity to survive in its natural environment, for instance on the edge of forest, the precise location in which humanity first emerged. New forms of settlements are created; small, easily transposed and independent. They can be set up anywhere; in the desert, on ice floes, at the bottom of the ocean, on hollow artificial planets. The quality of daily life, the ability to survive using resources immediately and locally available, the talent to transform constraints into challenges and to create new environments are now seen as the true universal values. Humanity is preparing itself for its destiny out among the stars. Thus the creative society comes into being in rejecting the restrictions of the overbearing structures of the preceding era. It pursues freedom as both a pleasure and a necessity - the pleasure of creation and the therapeutic effects of creativity - experienced as a bubble of fresh air bursting free from a suffocating order. |
Les contradictions de la période précédente deviennent sensibles. L'éducation de masse, démultipliée par les formidables moyens techniques de l'industrie hallucinogène, a mis au moule les cerveaux. La paix sociale se paye en baisse de créativité. Les dangers sont éloignés. Mais les nouvelles générations, éduquées aux disciplines du corps et de l'esprit, sont beaucoup mieux armées qu'autrefois. Elles veulent exercer leur autonomie. Le conformisme de la période précédente est accusé de contrarier les pulsions, de s'opposer au mouvement de la vie même. On se méfie désormais des performances intellectuelles machinales. La compétition homme machine, avec ses jeux délirants, était allée jusqu'aux olympiades. Trop d'exercice mental ferme la voie du coeur. On s'affirme désormais autrement, par des démonstrations d'indépendance et d'universalité. L'homme veut organiser le monde, dit-on, mais il n'est même plus capable de survivre à la lisière de la forêt où vécurent nos ancêtres, précisément là où l'espèce humaine s'est biologiquement constituée. Les nouvelles cellules de vie sont petites, portables et autonomes. Elles peuvent s'installer n'importe où : dans le désert, sur la banquise, au fond des mers, dans une planète creuse. La qualité de l'expérience vécue, la capacité de résoudre la survie avec les moyens du bord, le talent à transformer des contraintes en défis, la création d'environnements nouveaux, adaptés à l'éthologie humaine, sont perçus comme vraiment porteurs de valeurs universelles. L'Homme se prépare à un destin cosmique. Ainsi, la société de création se constitue en refus des contraintes des formations musclées de la période précédente. Elle recherche la liberté à la fois par plaisir et par nécessité : le plaisir de créer et la thérapie de la créativité, vécue comme un bol d'air au sortir d'une norme étouffante. |
|
Ce scénario prospectif est une respiration de l'Esprit. L'imaginaire se projette au dehors et, dans un même mouvement, la vie intérieure s'élargit, tente de mieux embrasser les principes de la Nature. Mais à peine la situation paraît-elle maîtrisée qu'elle échappe à nouveau. Le désordre créateur se reconstitue aux marges de l'ordre. A chaque moment, la création prend ses distances, trouve son espace de liberté : les technopoles, les villes marines, les planètes artificielles... Dans un même temps, sous une apparence d'ordre dominant, se cache un désordre profond. Alors, quand ce désordre devient visible, il se produit une transition de la conscience. D'autres paradigmes, d'autres principes régulateurs, plus fondés, doivent prévaloir. On abandonne l'ordre ancien, chimère, fantasme, idéologie recouvrant de sordides manoeuvres. Le danger est là. Le monde n'était qu'un brouillon. Il faut reconstruire de manière plus ordonnée. Reprogrammer l'enseignement, restructurer les villes. C'est la condition pour que le processus de libération puisse continuer. L'envol de l'homme suppose l'abandon des vieilles structures ossifiées, des idolâtries et des appropriations anciennes. Il faut être léger pour prendre de la hauteur. |