![]() |
|
|
2020-2060 : The Education Society
|
Eastern Europe, followed by China and then India have thrown themselves into the frantic search for profit with all the enthusiasm of the converted. But by the end of the 20th century a billion human beings have been driven off their land by competition from industrialized agriculture. Their children wander the streets, no longer able to return to the countryside to cultivate the land as the know-how of their ancestors has not been passed on. Nor can they integrate themselves into the modern technological society, as no schooling is provided for them. They are "urban savages", women and men brought up outside any culture, returning in a way to a natural state, forced to treat the town as a jungle and inventing new means of survival. By now, over half of humanity is urbanized. Insecurity permeates the heart of the megalopolis, whether Los Angeles or Mexico City, Bombay or Algiers. No longer is the world divided into rich and poor countries, now rich and poor coexist all over the planet within 100 metres of each other. The dramatic and destructive events of the 2020s decade create fear amongst the ruling class. The market for bombproof devices, locks and video surveillance flourishes as never before. After a few years of repression and protection it becomes obvious that the tide of violence cannot be held back much longer. Its cause must be tackled and a new strategy adopted. The commitment to a liberal economy has turned out to be no more than a cover for mafias. Power has remained in the same hands but transfigured, now based upon a "drug-society". Various addictions and enslavements pervade daily activity and, added to pre-existing drugs, drag individuals into self-destructive behaviour against a background of despair. Humanity's defences are too frail to resist this attack on its very will. The reaction to this threat is equal to the danger it poses. Laissez-faire liberalism is accused of being no more than a lack of concern. The tremendous resources of technology, in particular virtual reality universes, are placed at the service of "virtue". Former values are rejected and ambiguity has no further role to play in a crisis. The delicate political equilibrium and the tolerance of the past are considered decadent and more dangerous than brute force, which at least displayed its true nature. Structuring both the mind and behaviour, the education society emerges as a reaction to the previous epoch, seen as too lax. It sets new norms, as schooling did in the nineteenth century under Gladstone, or Jules Ferry in France, or in Japan under the rule of Emperor Meiji, but with much more powerful means. Minds are shaped using mental training software. Conditioning tests are made compulsory and a prerequisite even for daily activities such as withdrawing money from a bank account. Social control becomes highly regulated based upon an appropriate technology. Magnetic badges detectable by radar become widespread and the opening of doors of offices, shops and even public buildings is automated, dependent upon wearing the right badge. Following on from this painful change in awareness of the ruling class, society organizes itself around a common global project : the domestication of humanity by itself. There seems little chance of mastering modern techniques with uncivilized humans biologically still at the level of primates. But as techniques for modifying the human genome to create individuals adapted to this new environment are not yet known, it is necessary to domesticate people. The malleability of human behaviour lends itself to this exercise and is a consequence of humanity's "neoteny", the delay in maturing which preserves the adaptability of the infant into adult life. Salesmen have in the past exploited this to develop customer loyalty and it must now be put to the service of a vigorous process of adaptation -education. Major technical projects are set in motion. Initially marine cities are created to depopulate the overdeveloped coastal areas and to receive the uprooted masses, followed by large scale town development programmes. Insalubrious districts are knocked down. "Cities of education" are constructed in isolated areas with the aim of integrating the "human animal" into its scientific and technical environment. Rural areas abandoned as a result of the migration to the cities are taken over by planning organizations who create a planetary programme of reforestation and restoration of a natural environment. Driven by a spirit of conquest, agreement is reached on a vast project for life in outer space as the most extensive demonstration of the capabilities of humanity, now able to survive even the death of the sun. Artistic and sporting feats are also transplanted. On a slowly revolving, hollow planet, where gravity is ten times weaker than on earth, figure skating, ski jumping and hang-gliding become fabulous entertainments : media cathedrals dedicated to the glory of the human body. But the world leaders also have an ulterior motive. If needed, the faraway and isolated towns, marine cities and even the artificial hollow planets would be very useful for ridding themselves of undesirables on earth. The colonization of the New World was swelled by dissident and criminals rejected by an older Europe. There may be many heroes among pioneers but there are also many desperadoes escaping from a hostile world.
|
L'Europe de l'Est, puis la Chine, puis l'Inde s'étaient lancées avec un zèle de néophyte dans la recherche effrénée du profit. Mais, au début du vingt et unième siècle, un milliard d'êtres humains ont été chassés de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisées. Leurs enfants sont dans l'errance. Ils ne peuvent plus retourner cultiver la terre, car le savoir-faire de leurs ancêtres ne leur a pas été transmis. Ils ne peuvent pas non plus s'intégrer à la société technologique moderne, car l'école n'était pas prête à les accueillir. Ce sont des "sauvages urbains", des femmes et des hommes élevés hors de toute culture, revenus en quelque sorte à l'état de Nature, obligés de considérer la ville comme une jungle et d'y inventer de nouveaux moyens de survie. Plus de la moitié de l'espèce humaine est maintenant urbanisée. L'insécurité gagne le centre des mégalopoles, à Los Angeles comme à Mexico, à Bombay comme à Alger. Il n'y a plus des pays riches d'un côté et des pays pauvres de l'autre, mais des riches et des pauvres à cent mètres les uns des autres, sur toute la planète. Les événements dramatiques et destructeurs des années 2020 saisissent de peur la classe dirigeante. Le marché des blindages, des serrures et des caméras de protection n'a jamais été aussi florissant. Après quelques années de répression et de protection, il lui faut se rendre à l'évidence : on ne peut pas endiguer cette marée de violence. Il faut s'attaquer à sa cause et changer complètement de stratégie. On croyait à l'économie libérale. Il s'avère qu'elle sert de feuille de vigne à des maffias. Les rapports de force perdurent, mais transfigurés. Ils s'appuient désormais sur des systèmes-drogue. Aux stupéfiants anciens sont venus s'ajouter de multiples accoutumances et asservissements, imprègnant le commerce ordinaire, qui enfoncent l'individu dans des comportements auto-destructeurs, sur fond de désespoir. Les défenses des humains sont prises en défaut par cette attaque de leur volonté même. Aussi la réaction est-elle à la mesure de la menace. Le laisser-faire libéral est accusé de laisser aller. Les formidables moyens de la technique, en particulier les univers virtuels, sont réquisitionnés au nom de la vertu. Les valeurs anciennes sont rejetées. En situation d'urgence, l'ambiguïté n'a plus sa place. Les délicats dosages politiques et la tolérance d'autrefois sont considérés comme décadents, plus dangereux que la force brute, qui au moins s'affiche clairement. Structurant le mental et les comportements, la société d'enseignement s'établit alors, en réaction à la période précédente, perçue comme laxiste. Elle normalise comme l'école de Jules Ferry ou de l'empereur Meiji, mais avec des moyens autrement puissants. Les esprits sont mis au carré par des logiciels d'entraînement mental. Les tests de conditionnement sont rendus obligatoires, en préalable même à des gestes quotidiens, tels des retraits bancaires. Aidé d'une technologie appropriée, le contrôle social se fait beaucoup plus strict. L'utilisation de badges magnétiques détectés par radar est généralisée. L'ouverture des portes des bureaux, des commerces et même de certains lieux publics se fait automatiquement, mais seulement devant le porteur du sésame prévu. Après la dure prise de conscience de la classe dirigeante, la société s'organise autour d'un projet global : la domestication de l'homme par l'homme. Nous ne pouvons pas espérer maîtriser les techniques modernes avec des humains sauvages restés biologiquement au niveau d'un primate des savanes, pense-t-on. On ne sait pas non plus modifier le génome de l'homme pour en faire un être adapté à ce nouvel environnement. Il faut donc le domestiquer. La plasticité de son comportement s'y prête. Elle est due à la "néoténie", ce retard de maturation qui lui permet de conserver jusqu'à l'âge adulte l'adaptabilité des enfants. Les marchands l'avaient exploitée pour fidéliser le client. Il faut maintenant le mettre au service d'un processus énergique d'adaptation : l'enseignement. Les grands projets techniques sont lancés. D'abord des cités marines, pour désengorger les côtes saturées, et accueillir des masses de population errantes, puis d'immenses opérations d'urbanisme. On supprime les quartiers insalubres. On construit dans des lieux isolés des cités d'enseignement, capables d'intégrer les "animaux humains" dans un environnement scientifique et technique. Les espaces ruraux délaissés par suite des migrations vers les villes sont réappropriés par des organismes d'aménagement, qui établissent un programme planétairede reboisement et de réhabilitation de la Nature. On se met d'accord sur un immense projet de vie dans l'Espace, dans un esprit de conquête, comme la plus grande démonstration des capacités de l'espèce humaine, désormais capable d'échapper même à la mort du soleil. On veut aussi y transporter des performances. Dans une planète creuse tournant au ralenti, où règne une pesanteur dix fois plus faible que sur terre, le patinage artistique, le saut à ski et le vol libre deviennent des spectacles fabuleux. Ce sont des cathédrales médiatiques, à la gloire du corps humain. Mais les dirigeants conservent aussi une arrière pensée. Le jour venu, les cités lointaines et isolées, les villes marines et même les planètes creuses artificielles ne seraient-elles pas bien utiles pour se débarrasser des personnages indésirables sur terre ? La colonisation du nouveau monde s'était grossie des marginaux et délinquants dont ne voulait plus la vieille Europe. Il y a des héros chez les pionniers. Il y a aussi des despérados qui s'échappent d'un monde hostile. |