Si le lecteur trouve des inexactitudes dans cette étude

merci de m’en faire part

 

Cette étude a été faite au début de 2005.

 

 

 

L’effet d’une puissance éolienne sur la capacité nucléaire

et sur les émissions de gaz carbonique

 

La contribution des éoliennes à satisfaire la demande d’électricité de pointe

 

 

Les éoliennes produisent de l’électricité sans émettre de gaz carbonique. Pourtant, programmer des éoliennes ne signifie pas nécessairement programmer moins d’émissions de gaz carbonique puisque avec l’énergie nucléaire il existe en France une autre façon de produire de l’électricité sans émettre de gaz carbonique.

 

Pour montrer que les choses méritent examen, il suffit d’imaginer le cas d’une consommation constante. Ou bien elle est satisfaite entièrement par une production nucléaire, ou bien, partiellement, par des éoliennes. Mais comme le vent ne souffle pas toujours, il faudra dans ce cas compléter la production éolienne, ce qui ne pourra se faire qu’avec une production à partir d’énergie fossile. Alors prévoir des éoliennes dont il faut, coûte que coûte, injecter la production sur le réseau, ce serait programmer une augmentation des émissions de gaz carbonique. Certes ce cas est théorique mais il montre qu’il vaut mieux entrer dans une analyse assez fine pour voir quand les éoliennes permettent – ou ne permettent pas – de diminuer les émissions et de combien.

 

Les calculs précis sont terriblement compliqués et demandent l’usage des ordinateurs – de sorte que l’on risque de ne pas voir quels mécanismes sont en jeu.

 

Dans cette note, nous proposons un raisonnement qui permet de faire des calculs avec un crayon et du papier quadrillé et nous avons vérifié que les résultats sont proches de ceux de calculs sophistiqués. Nous montrons dans quelles conditions les éoliennes permettent ou ne permettent pas d’éviter des émissions de gaz carbonique ; dans le premier cas, nous calculons à quel coût.

 

 

Les principaux résultats :

1- A capacité nucléaire donnée, une augmentation de la capacité éolienne diminue les émissions de gaz à effet de serre. Cette production deviendrait économiquement justifiée d’un point de vue économique et écologique si le coût des émissions de gaz carbonique était chiffré à 500 € par tonne de carbone.

Compte tenu des délais de construction de centrale nucléaire, nous sommes tenus de raisonner à capacité nucléaire constante jusqu’en 2012 au moins.

2- Par contre, si l’on est libre de programmer la capacité de nucléaire, programmer des éoliennes ne conduit pas à programmer une diminution des émissions de gaz carbonique. 

On suppose ici que, si la capacité éolienne est fixée hors toute raison économique et s’il est possible de programmer une augmentation de la capacité nucléaire, on cherchera à minimiser le coût de production qui permet de répondre à la demande.


Nous n’avons pas tenu compte ici des fluctuations souvent rapides et peu prévisibles de la production éolienne ; celles-ci, en se combinant aux aléas de la consommation et de la production, augmentent ce que l’on appelle « la dentelle », c'est-à-dire cette partie de la demande qui ne peut être satisfaite que par des moyens de production immédiatement mobilisables, l’eau des barrages et les capacités des « réserves tournantes », centrales au charbon maintenues en chauffe et, pour certaines, fonctionnant au ralenti. Comme les réserves hydrauliques sont aujourd’hui pleinement utilisées, un épaississement de la « dentelle » pour cause de production éolienne augmentera la quantité de gaz carbonique émise. Selon les calculs du RTE, avec une capacité éolienne de 10 GW, pour l’équilibrage, l’augmentation de production sur énergie fossile reste limitée à 1 ou 2 % de la production des éoliennes.

 

De même, nous n’avons pas tenu compte du fait que les variations journalières peuvent rendre nécessaire l’utilisation de moyens plus faciles à mettre en route que les installations nucléaires, même pour des niveaux de puissance qui sont appelés, au total sur l’année, sur une durée qui dépasse celle qui rend la production nucléaire moins chère.

 

Dans le cas théorique où la capacité des éoliennes est notable par rapport à la variation de consommation, lorsque la capacité nucléaire est libre programmer davantage d’éolien, c’est programmer plus d’émissions ; cette situation est commentée en annexe.

 

 

Autre résultat : une contribution à la « pointe » : les éoliennes contribuent à diminuer la capacité des autres installations de pointe à condition que la probabilité de grands froids sans vent un jour de semaine reste faible ; dans le cas contraire, la contribution des éoliennes à la capacité de pointe est nulle.

 

 

 

1- Courbe de consommation et courbe de consommation déduction faite de la production éolienne

 

La courbe de consommation est représentée par une « monotone » : on divise l’année en N périodes en affectant à chacune la puissance moyenne appelée, puis on range ces périodes par puissance décroissante. A partir de là, on construit la monotone.

 

 

 

La production éolienne est aléatoire ; des études sont en cours mais faute de connaissances précises sur le sujet on supposera ici que la répartition des probabilités de puissance délivrée est indépendante de la période annuelle, donc en particulier indépendante de la consommation.

 

Le plus souvent, une éolienne tourne à la puissance nominale ou près de cette puissance, ou bien ne tourne pas, soit qu’il n’y ait pas assez de vent, soit qu’il y en ait trop. Mais, pour un parc d’éoliennes réparti sur tout le territoire français, la répartition des puissances délivrées est plus régulière. Selon les estimations actuelles, la production d’un parc en France pourrait être de 30 % de la production théorique maximale – c'est-à-dire celle qui serait délivrée si toutes les éoliennes tournaient à plein les 8760 heures de l’année (ce taux de 30 % est sans doute supérieur à la réalité car les sites les plus favorables sont aussi les plus visibles). On représentera la probabilité de puissance éolienne par quelques nombres qui indiquent chacun la puissance moyenne appelée avec la même probabilité de 10 %. La méthode présentée permet aisément de faire les calculs avec d’autres puissances installées et d’autres répartitions de cette puissance.

 

 

 

La méthode adoptée ici pour évaluer l’effet des éoliennes sur les émissions de gaz carbonique :

 

1- Comme la production d’électricité éolienne doit être absorbée coûte que coûte par EDF (c’est une obligation légale), elle est comptée comme une diminution de la demande. On a donc une monotone de demande sans éoliennes et une autre déduction faite de la production des éoliennes.

 

2- Comparaison entre les monotones sans éoliennes et avec éoliennes.

 

A priori, on connaît deux points de la monotone déduction faite de la production d’éoliennes : en base, l’écart des puissances appelées est égal à la puissance maximale délivrée par les éoliennes car il se peut que le vent souffle bien quand la demande est très faible ; en extrême pointe, la puissance appelée avec éoliennes et la même que sans éoliennes car il se peut qu’il n’y ait pas de vent (ou qu’il y en ait tellement que les éoliennes se mettent en drapeau) lorsque la demande est très forte. Mais pour bien interpréter cette constatation, qui est exacte, il faut entrer précisément dans l’analyse de ce qui se passe en pointe : en réalité, comme on tolère une – très faible – probabilité de défaillance, équivalente à 3 heures par an en moyenne, même s’il est exact que la pointe extrême de la consommation déduction faite de la production éolienne est la même que sans éolienne, pour répondre à la demande « à trois heures près » la capacité des moyens de production autres que les éoliennes est inférieure lorsqu’il y a des éoliennes – voir ci-dessous au paragraphe 3.

 

La surface entre les deux monotones avec et sans éoliennes est égale à la production des éoliennes, elle-même fonction du taux de disponibilité des éoliennes, soit 30%.

 

 

Voici une méthode très simple pour tracer une monotone déduction faite de la production éolienne – hors la pointe et la proximité immédiate de la base

 

En dehors des 400 heures de pointe (il y a 8760 heures dans l’année), la monotone de consommation française est aujourd’hui proche d’un segment de droite qui diminue de 30 GW sur l’année, qui est voisin de 37 GW en base et qui, si on le prolonge vers la gauche en oubliant l’extrême pointe, coupe l’axe des ordonnées à 67 GW. Cette puissance appelée se répartit ainsi, en GW :

 

 

Pourcentage du temps

0

10

20

30

40

50

60

70

80

90

100

où la puissance est supérieure à

67

64

61

58

55

52

49

46

43

40

37

 

Si la puissance appelée est supérieure à 58 GW 30 % du temps et à 55 GW 40 % du temps, elle est comprise entre 55 et 58 pendant 10 % du temps. Donc, pendant 10 % du temps, sa valeur moyenne est de 56,5 GW. De même pour les autres déciles, ce qui donne le tableau suivant :

 

 

Déciles

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

puissance moyenne

65,5

62,5

59,5

56,5

53,5

50,5

47,5

44,5

41,5

38,5

 

 

Supposons que la puissance éolienne installée soit telle que la répartition des puissances effectives en fonction de leur probabilité est la suivante :

 

 

Déciles

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

puissance moyenne

0

1

2

2

3

3

3

4

6

8

 

Si la puissance installée est de 10 GW, cela donne un taux de disponibilité des éoliennes de 32 %.

 

En moyenne par décile, la puissance appelée déduction faite des éoliennes va donc de 65,5GW à 30,5 GW. Il est alors assez simple de dresser la monotone de consommation déduction faite de la production éolienne.

 

En combinant décile par décile la consommation et la puissance délivrée par les éoliennes (que l’on soustrait à la consommation), on obtient 100 nombres de 65,5 à 30,5 séparés les un des autres par un nombre entier. Pour chaque valeur de la puissance on compte les nombres qui ont cette valeur ; on trouve alors le nombre de combinaisons « consommation-puissance éolienne » qui conduisent à la « consommation déduction faite de la puissance éolienne » qui a cette valeur. Ce nombre de combinaisons représente la durée pendant laquelle sont appelés à ce niveau de puissance les moyens de production autres que les éoliennes. On classe les niveaux de puissance par ordre décroissant en affectant à chaque niveau le nombre de combinaisons correspondant. Puis pour chaque niveau de puissance, on fait le total des nombres correspondant à ce niveau et aux niveaux supérieurs. A partir de là on peut tracer la monotone de la consommation déduction faite de la production d’éoliennes.

 

Ainsi le niveau de puissance 59,5 est atteint 5 fois (59,5 et 0 ; 62,5 et 3, trois fois ; et 65,5 et 6). Ce niveau et les niveaux supérieurs sont atteints, en tout, 17 fois, soit 17 % du temps. On fait ce calcul pour tous les niveaux de puissance puis, par interpolation, on dresse le tableau suivant :

 

 

Pourcentage du temps

3

10

20

30

40

50

60

70

80

90

98

100

où la puissance est supérieure à

63,5

60,5

58,2

55,2

52,2

49,2

46,2

43,3

40,2

37,2

33,5

30,5

 

Dans sa partie médiane, cette monotone diminue de 3 GW sur chaque tranche égale à 1/10ème de l’année. Elle est donc parallèle à la monotone de consommation.

 

La surface hachurée est égale à la production éolienne ; dans la réalité environ 30 % de la capacité nominale.

 

 

Commentaires sur la forme de la monotone déduction faite de la production éolienne :

 

La forme de la monotone de consommation déduction faite de la production des éoliennes dépend bien sûr de la forme de la monotone de consommation. Elle dépend aussi de la puissance des éoliennes, comparée à la décroissance de la monotone de consommation.

 

Dans le cas présenté ci-dessus, sans tenir compte des extrémités la décroissance de la consommation est de 30 GW sur l’année, la puissance installée des éoliennes de 10 GW. Sauf aux extrémités, la monotone déduction faite de la production des éoliennes est parallèle à la monotone de consommation.

 

Si la puissance éolienne est supérieure à la moitié de la décroissance de la monotone de consommation, la forme de la monotone déduction faite de la production éolienne est différente car disparaît sa partie centrale où elle est parallèle à la monotone de consommation. La monotone déduction faite de la production éolienne décroît alors plus vite que la monotone de consommation.

 

 

2- Une capacité éolienne ne permet pas toujours de diminuer les émissions de gaz carbonique

 

Il s’agit de programmer les moyens de production autres que les éoliennes de façon à répondre à la demande au moindre coût, sachant que la capacité éolienne est fixée pour des motifs autres qu’économiques. Compte tenu du délai important entre la décision de construire une centrale nucléaire et de la très longue durée de fonctionnement d’une centrale, il convient de bien distinguer deux cas.

 

Jusqu’en 2012, la capacité nucléaire est connue et ne peut être modifiée ; à cette échéance, ce n’est donc pas un paramètre à programmer. Au-delà, la capacité nucléaire dépend de décisions à prendre ; c’est alors un paramètre à faire entrer dans la programmation.

 

1°) Comparaison entre les situations avec et sans éoliennes, la capacité nucléaire étant la même dans les deux cas

 

Revenons au graphique de la page précédente.

 

La capacité d’hydraulique au fil de l’eau et du nucléaire réunis est OE.

 

En ne tenant pas compte de l’extrême pointe, sans éoliennes, la quantité de gaz carbonique émis est proportionnelle à la surface EAK. Avec éoliennes, elle est proportionnelle à la surface EMF.

 

Il y a donc une diminution des émissions de CO2, correspondant à la production des éoliennes pendant les heures où le nucléaire ne suffit pas, sans les éoliennes, à répondre à la demande. Si, sans éoliennes, le nucléaire suffit à répondre à la demande la moitié du temps et si le taux de marche des éoliennes est de 30%, la production fossile remplacée par les éoliennes est 15 % de la capacité nominale des éoliennes.

 

 

2°) Comparaison entre deux situations avec plus ou moins d’éoliennes, la capacité nucléaire étant fixée pour minimiser les coûts de production

 

La capacité éolienne est fixée ; la programmation a pour objet de minimiser le coût de production des autres moyens de production ; la capacité nucléaire peut être augmentée. A chaque niveau de capacité éolienne correspond une capacité nucléaire qui minimise les coûts de production. On s’aperçoit que les quantités de gaz carbonique émises ne dépendent pas de la capacité des éoliennes.

 

Supposons qu’il s’agisse de se préparer à répondre à une augmentation de la demande avec une capacité imposée d’éoliennes en recherchant, pour les autres moyens de production, le parc qui permet de répondre à la demande au moindre coût.

 

La composition de ce parc – nucléaire, turbines à gaz à cycle combiné, turbine à combustion, autres moyens de pointe – sera calculée en fonction des coûts de production de chaque moyen. Selon les cas, on comptera seulement les coûts variables (lorsque les équipements existent déjà, les coûts variables augmentant alors avec l’âge des machines) ou, également, les coûts fixes pour les installations nouvelles. Quoi qu’il en soit, le point important ici est que ce calcul conduit à déterminer d’abord les durées de fonctionnement des différents modes de production, en fonction de ces coûts mais indépendamment de la consommation. Les capacités dépendent, elles, de la monotone de consommation, en l’absence d’éoliennes, ou de la monotone déduction faite de la production d’éoliennes.

 

La capacité nucléaire qui minimise les coûts est OD sans éoliennes et OE avec éoliennes.

 

Sans tenir compte de la pointe extrême, les émissions de gaz carbonique sont proportionnelles aux surfaces ADB sans éoliennes et EMF avec éoliennes.

 

Comme la capacité éolienne est et restera bien inférieure à la décroissance de la monotone de la consommation, la plus grande partie de la monotone déduction faite des éoliennes est parallèle à la monotone de consommation. Les deux surfaces ADB et EMF sont donc égales. Les surfaces des pointes extrêmes sont très faibles et ne modifient pas le résultat.

 

Ainsi, quelle que soit la capacité des éoliennes - fixée par ailleurs -, si l’on cherche à minimiser les coûts de production, les émissions de gaz carbonique seront les mêmes. Programmer de nouvelles capacités d’éoliennes ne conduit pas à programmer une diminution des émissions de gaz carbonique.

 

Cela est vrai quel que soit le coût du gaz carbonique, quels que soient les coûts fixes et variables des différents moyens de production et  quel que soit l’état du parc existant.

 

 

3- A capacité nucléaire constante, à quoi se substitue la production d’éoliennes ?

       A quel coût ?

 

            3.1- A quoi se substitue la production d’électricité éolienne

 

 

 

Sans éoliennes,

 

la quantité d’électricité nucléaire produite pour la consommation nationale est la surface comprise sous la monotone sans éolienne et sous la droite représentant la capacité nucléaire

 

la quantité exportée est limitée par la capacité des interconnexions avec l’étranger ; on peut commodément la représenter par la surface située au-dessus de la monotone de consommation, sous la droite représentant la capacité nucléaire mais et à une distance de cette droite inférieure à la capacité des interconnexions.

 

la quantité d’électricité thermique et hydraulique est la surface située sous la monotone et au-dessus de la droite représentant la capacité nucléaire.

 

Avec les éoliennes

 

La production d’électricité éolienne est la surface comprise entre les deux monotones, soit 30 % de 8760 fois la puissance installée et l’on peut donc dire que cette production éolienne se substitue à du nucléaire ou à du thermique et augmente les exportations comme indiqué à droite du graphique.

 

Les quantités de production nucléaire pour la consommation nationale et pour l’exportation et la quantité d’énergie fossile et hydraulique se visualisent de la même façon.

 

La production éolienne qui remplace de l’électricité produite sur fossile est proportionnelle à la durée où le nucléaire ne suffit pas à répondre à la demande (sans tenir compte, bien sûr, des besoins en d’énergie fossile pour répondre aux nécessités de l’ajustement) ; supposons que ce soit 3000 heures. Alors, pour 1 GW installée produisant 2700 GWh, 900 GWh de production éolienne remplacent une production à partir de fossiles, un tiers de la production éolienne.

 

La quantité exportée est représentée dans un parallélogramme dont il est facile de calculer la surface : 300 fois la capacité d’interconnexion multiplié par 30% de la capacité éolienne installée soit 900 GWh par GW installé – un tiers également de la production éolienne.

 

La quantité qui remplace du nucléaire est la différence soit un tiers de la production éolienne.

 

Ces valeurs rejoignent bien le résultat des calculs précis.

 

La quantité substituée à de l’énergie fossile dépend du temps où l’électricité nucléaire ne suffit pas à répondre à la demande ; la quantité exportée dépend de la capacité des interconnexions.

 

 

3.2- En cas de diminution des émissions, le coût à la tonne évitée est très élevé

 

On suppose ici que la capacité nucléaire est fixée et que, pour répondre à une augmentation de la demande, la décision à prendre est d’investir plus ou moins en éoliennes et plus ou moins en installations de production à partir de gaz. La capacité des moyens de pointe reste inchangée.

 

En voyant à quoi se substitue la production éolienne – énergie fossile ou nucléaire -, il est possible de calculer son coût, c'est-à-dire la différence des dépenses nécessaires pour produire la même quantité d’électricité avec ou sans éoliennes. Ce coût dépend évidemment du prix des énergies fossiles. En rapportant ce coût à la quantité de gaz carbonique évitée, on mesure à quel niveau devrait être porté le coût d’usage de l’énergie fossile (c'est-à-dire la somme du prix de l’énergie et du « coût du gaz carbonique »)  pour justifier l’investissement en éoliennes.

 

Le prix du gaz est celui qui est retenu dans l’étude « coûts de référence » de la DGEMP, c'est-à-dire les prix au début de 2004.

 

Le coût complet de l’éolien, fonctionnant à 30 % de sa capacité maximale nominale, est aujourd’hui de 51,5 €/MWh ; supposons que, à échéance de dix ans, il soit abaissé à 42,8 €/MWh (selon l’étude « coûts de référence » de la DGEMP). La gestion de l’équilibre offre/demande est compliquée par l’introduction d’une production intermittente ; les aléas peuvent être réduits par une régulation de la puissance instantanée de la production éolienne, ce qui génère un surcoût évalué à 3 €/MWh (Milbrow, 2001, cité par l’étude « coûts de référence » de la production d’électricité). Il faut aussi une capacité de production sur énergie fossile pour pallier l’intermittence ; tant que la capacité installée est assez faible, la volatilité de la production éolienne se fond assez bien dans celle de la consommation ; pour l’équilibrage, le coût des investissements complémentaires reste alors limité à 1 €/MWh. Par ailleurs, les éoliennes créent une gêne environnementale évaluée à 8 €/MWh. Le coût complet de la production éolienne est donc de 55 €/MWh. Pour une production de 3000 GWh par GW installé, cela fait 165 M€ par GW installé.

 

Cette production est exportée pour un tiers en semie-base à (supposons) 30 €/MWh ; pour un tiers elle remplace une production à partir de gaz dont le coût moyen complet (sans compter l’effet de serre) est de (autre hypothèse) 35 €/MWh ; pour un tiers elle remplace une production nucléaire dont elle évite seulement le coût marginal de 8 €/MWh, soit une augmentation des recettes et une diminution de dépenses qui, en moyenne, au total sont égales à 24,3 € par MWh produit par les éoliennes.

 

La différence avec le coût de la production éolienne est donc de 31 € par MWh produit par les éoliennes, soit 83,7 M€ pour une capacité installée de 1 GW produisant 2700 GWh/an.

 

 

Dans cette situation où la capacité nucléaire est intangible, pour une capacité éolienne installée de 1 GW produisant 2700 GWh, la production éolienne permet d’éviter des émissions de gaz carbonique causées par la production, à partir de gaz, de 1800 GWh, à raison de 0,35 tonne de CO2 par MWh, soit 630 000 TCO2, moitié en France, moitié à l’étranger.

 

Les dépenses supplémentaires attachées à la production d’éoliennes sont donc de 133 €/TCO2 ou 500 € par tonne de carbone évitée, moitié en France, moitié à l’étranger.

 

Pour situer cet ordre de grandeur, rappelons que les hypothèses retenues sont en général inférieures à 100 €/tonne de carbone émis dans l’atmosphère et redisons que ce calcul n’est ici possible qu’en supposant que la capacité nucléaire est fixée ; en effet si celle-ci est choisie de façon à diminuer les coûts de production d’électricité, programmer une capacité éolienne n’a aucun effet sur les émissions de gaz carbonique ; le coût implicite des émissions évitées est alors « infini ».

 

Note ajoutée en janvier 2009

 

Cette étude a été faite au début de 2005. Depuis, le prix du pétrole et celui du gaz ont changé. Mais le prix de reprise de l'électricité éolienne est monté à 83 €/MWh. Lorsqu'elle remplace de l'électricité produite à partir de gaz, elle ne coûte pas beaucoup plus cher. Mais lorsqu'elle remplace de l'électricité nucléaire elle est beaucoup plus chère : 70 €/MWh, en comparant au coût marginal du nucléaire. Supposons que les éoliennes produisent une quantité de 100 MWh. Si un tiers de l'électricité éolienne se substitue à du nucléaire, le surcoût est de 33 fois 70 soit  2310 €. 67 MWh remplacent une électricité au gaz ou au charbon. Supposons que le surcoût ne soit que de 10, soit 670 €. Les émissions évitées en France et à l'étranger par cette subsitution sont de l'ordre de 15 tonnes de carbone. Le surcoût par tonne de carbone évité est donc de 3000/15 soit 200 €/tC ; mais 400 /tC si on le rapporte aux émissions évitées en France seulement. Et cela sans compter les coûts externes des éoliennes. Et, redisons le, ce surcoût deviendra infini dès que l'on augmentera la capacité nucléaire, ôtant toute justification aux éoliennes - on comprend que les promoteurs des éoliennes n'aiment pas le nucléaire...

 

 

4- L’extrême pointe et de la défaillance

 

Supposons que la puissance appelée est supérieure à 80 GW pendant 3 heures, mais que la puissance délivrée, elle, est égale à 80 pendant 3 heures car 3 heures est la durée de défaillance acceptée. Au-delà de trois heures, la puissance délivrée est égale à la puissance appelée selon ce tableau :

 

Temps en heures

10

20

30

40

50

60

où la puissance est supérieure à

78

75

73

72

71

70

 

A partir de là on estime les puissances moyennes par période de 10 heures :

 

Périodes de 10 heures

1

2

3

4

5

6

Puissance moyenne

79

76,5

74

72,5

71,5

70,5

 

Supposons que la puissance éolienne installée soit de 10 GW et que, comme ci-dessus, la force du vent ne soit pas corrélée avec la consommation et se répartisse avec ces probabilités :

 

déciles

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

Puissance moyenne

0

1

2

2

3

3

3

4

6

8

 

 

On peut tracer la monotone à la pointe

 

Nombre de périodes

2

4

10

13

18

22

32

où la puissance est supérieure à

78

77

75

74

73

72

70

 

Chaque période vaut le dixième de la période retenue pour décrire la monotone de consommation, qui est de 10 heures. La durée tolérée de défaillance est donc de 3 périodes. La puissance correspondante est comprise entre 77 et 78 GW. Déduction faite de la puissance des éoliennes, la capacité pour limiter la défaillance à 3 heures est donc de 77 ou 78 GW, soit 2 à 3 GW de moins que sans éoliennes.

 

Si, en période d’extrême pointe de consommation, la probabilité que la puissance éolienne soit inférieure à 1 GW était de 30 %, pour garantir une défaillance inférieure à 3 heures, il faudrait que la capacité hors éolienne soit presque la même que sans éoliennes quel que soit le taux d’utilisation des capacités sur toute l’année. Mais l’effet économique est mineur car les capacités d’extrême pointe ne coûtent pas cher en investissement.

 

Naturellement ces calculs « à la main » ne prétendent pas à une grande précision. Mais ils montrent pourquoi et à quelle condition une capacité éolienne, même si elle ne permet pas de réduire l’extrême pointe physique, réduit la pointe pratique, c'est-à-dire la pointe que le système s’engage, en probabilité, à satisfaire sauf sur une durée moyenne équivalant à 3 heures par an.

 

Si la force du vent n’est pas corrélée avec la consommation, pour la pointe, 10 GW d’éoliennes auront remplacé 2 à 3 GW de moyens d’extrême pointe tels que des générateurs diesel.

 

Mais si la probabilité d’absence de vent sur le territoire en période de grands froids est supérieure à 3 heures par an en moyenne, la présence d’éolienne ne contribue en rien à la capacité de pointe.

 

 


 Annexe - Un cas d’école : la consommation d’électricité est constante

Influence d’une capacité éolienne

 

 

Ce cas est théorique, bien sûr. Il nous a paru intéressant à étudier pour mieux visualiser comment la variabilité de la production éolienne se combine avec celle de la consommation.

 

Cette étude suppose que l’électricité peut être produite à partir d’énergie nucléaire.

 

 

Lorsque la puissance des éoliennes est faible par rapport à la différence de puissance appelée par la consommation en pointe (à 400 heures) et en base (à 8300 heures), on peut dire que tout se passe comme si la puissance appelée par la consommation était diminuée d’une quantité constante, égale à une proportion de la puissance installée des éoliennes ; cette proportion est le rapport entre la quantité produite par les éoliennes et ce que serait leur production si toutes tournaient au maximum pendant les 8760 heures de l’année – production nominale.

 

La situation serait moins simple si la puissance éolienne se rapprochait de la moitié de la différence entre base et pointe (sans compter les extrêmes), différence qui, en France, est de 30 GW.

 

Prenons donc le cas d’une situation où cette différence est nulle, c'est-à-dire le cas d’une consommation constante.

 

Alors, sans éoliennes, la capacité optimale de nucléaire est, bien sûr, celle qui répond à la demande, en tenant compte des arrêts programmés pour maintenance. Les émissions de gaz à effet de serre seraient nulles si la disponibilité du parc nucléaire était parfaitement prévisible. Avec éoliennes, le parc optimal comporte une capacité nucléaire moindre ; mais, à côté de la production éolienne, il faut une production fossile émettrice de gaz à effet de serre. Avec cette configuration, la présence d’éoliennes génèrerait donc évidemment des émissions de gaz à effet de serre.

 

Mais les générateurs nucléaires sont sujets à des pannes non prévues, à hauteur de 4 % du temps chacun. Pour combler le manque inopiné de puissance, il faut alors produire de l’électricité avec des moyens fossiles. Il n’est donc pas évident a priori que l’introduction d’éoliennes augmente les émissions. Pourtant, il en est bien ainsi.

 

Pour le plaisir intellectuel, voici une façon de traiter cela simplement.

 

Pour représenter l’effet de ces pannes imprévues, on suppose que la capacité nucléaire n’est pas défaillante mais que la consommation est augmentée de la production défaillante de nucléaire. A partir du taux de 4 % de défaillance par tranche, il n’est pas compliqué de tracer une monotone de consommation corrigée.

 

Supposant un consommation constante de 50 GW et une capacité disponible hors pannes (mais y compris les arrêts programmés) de 50 GW, 50 tranches de 1 GW. On calcule la probabilité qu’il n’y ait aucune tranche en panne ou qu’il y en ait une, ou deux, ou trois, ou plus jusqu’à ce que la probabilité soit inférieure à la durée tolérée de défaillance, soit 3 heures par an ou 0,3 pour 1000. Cela permet de calculer le niveau de capacité défaillante totale en fonction du temps de la défaillance. On ajoute cela à la consommation constante et l’on obtient la puissance moyenne par décile. Un décile vaut 876 heures.

 

 

déciles

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

Puissance moyenne

54

53,5

53

52,5

52,5

52

51,5

51,5

51

50

 

Cela donne une série de points qui donne la forme de la monotone, sauf aux extrémités.

 

La pointe à 3 heures, soit 0,4 pour 1 000, est à 58 GW. Si la puissance moyenne sur le deuxième décile est 53,5, la monotone passera par la puissance 53,5 à peu près au milieu de ce décile ; alors, si la puissance moyenne du premier décile est 54, la monotone, qui monte jusqu’à 58, passe par 54 à 1/8 du premier décile. La puissance appelée est supérieure à 53,7 pendant 10 % du temps.

 

 

Pourcentage du temps

0

10

20

50

60

80

100

où la puissance est supérieure à

58

 

53,7

53,2

52,1

51,8

51

50

 

 

 

Introduisons 10 GW d’éoliennes fonctionnant comme plus haut

 

déciles

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

Puissance moyenne

0

1

2

2

3

3

3

4

6

8

 

 

Procédant comme indiqué dans la note (§1), on obtient la monotone déduction faite de la production éolienne

 

Pourcentage du temps

5

10

20

35

60

75

80

85

92

100

où la puissance est supérieure à

52,5

51,7

51

50

49

48

47,5

47

46

43

 

L’écart entre la monotone de la consommation corrigée des défaillances du nucléaire et la monotone déduction faite de la production d’éolienne n’est pas constant : il passe de 2 GW à 10 % du temps à 3,5 GW à 80 % du temps. Donc le parc optimal avec éoliennes générera davantage de gaz carbonique que le parc optimal sans éolienne.

 

En traçant les courbes sur du papier quadrillé, on a une idée de la différence : quelques TWh.

 

Dans cet exercice, ce n’est pas la précision du chiffre qui compte ; c’est de montrer le mécanisme par lequel les éoliennes contribuent un peu ou pas du tout à la diminution des émissions de gaz à effet de serre –voire, dans certains cas, les augmentent.